Mercenaires, mines d’or, trafic de drogue… Pavel Prigojine, le fils du fondateur de Wagner, prospère en Centrafrique

Mercenaires, mines d’or, trafic de drogue… Pavel Prigojine, le fils du fondateur de Wagner, prospère en Centrafrique

Avec un chiffre d’affaires de 400 millions de dollars par an, le jeune oligarque russe Pavel Prigojine, le fils du défunt fondateur de Wagner, continue de faire prospérer le groupe paramilitaire russe en Centrafrique grâce au soutien du pouvoir à Bangui et en diversifiant ses activités dans la criminalité organisée, selon une enquête du Wall Street Journal.

Lorsque Evgueni Prigojine est mort dans l’explosion de son avion le 23 août 2023, son fils Pavel, alors âgé de 25 ans, s’est retrouvé à la tête du groupe Wagner – un empire composé de combattants, de trafiquants d’or et de vendeurs de drogue.

À présent, à seulement 28 ans, ce jeune oligarque habitué à poser nu sur des superyachts s’est révélé être un redoutable homme d’affaires, développant les activités du groupe dans son principal bastion africain: la République centrafricaine. Au bas mot, ses activités, légales ou illégales, lui rapportent 400 millions de dollars par an, selon le centre de recherche basé à Genève, The Global Initiative Against Transnational Organized Crime.Après la mort d’Evgueni Prigojine, le Kremlin a pris le contrôle des activités de Wagner en Russie et a créé l’Africa Corps, intégrant ainsi les opérations du groupe au sein du ministère russe de la Défense. Contrairement à Wagner, qui fonctionnait comme une société militaire semi-privée au service des intérêts géopolitiques du Kremlin, l’Africa Corps est directement subordonné aux responsables de la défense et aux services de renseignement militaire russes.

Pavel Prigojine a rapidement pris des mesures pour se maintenir dans la République centrafricaine et se soustraire à l’emprise directe du Kremlin, souligne The Wall Street Journal.

Depuis une base située à Bangui, Pavel Prigojine et quelque 500 mercenaires placés sous ses ordres ont pris le contrôle de mines d’or en Centrafrique, selon le “Global Initiative”. Ils assurent également la sécurité personnelle du président Faustin-Archange Touadéra et combattent des groupes insurgés, ce qui rend Prigojine et ses hommes indispensables.
L’implication personnelle de Faustin-Archange Touadéra

Le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra a adressé un message diplomatique à Moscou, demandant au Kremlin de ne pas remplacer les combattants de Wagner par des militaires russes réguliers, rapportent des diplomates et des chercheurs. Le président Touadéra a aidé Pavel Prigojine à consolider sa position, en intégrant des mercenaires de Wagner au sein de la police locale, de l’armée et des unités de renseignement.

Sous la direction d’Evgueni Prigojine, le groupe Wagner était déjà impliqué dans l’extraction aurifère. Mais, souligne The Wall Street Journal, sous celle de son fils, le groupe a pris le contrôle de mines supplémentaires et a accru la production de la plus grande mine d’or du pays, pour atteindre une valeur d’environ 250 millions de dollars par an, selon Global Initiative.

“Bangui s’est battue plus ardemment que n’importe quelle autre capitale pour préserver ce système, où la protection du régime est échangée contre l’accès aux ressources minières, précisément parce qu’il s’était avéré extrêmement efficace”, souligne Justyna Gudzowska, directrice exécutive de The Sentry, une organisation d’enquête basée à Washington.
Contrôler l’or

En avril, Pavel Prigojine a convoqué de hauts responsables de Wagner et du gouvernement dans son hôtel à Bangui afin d’élaborer une stratégie pour maintenir le flux d’or vers les marchés étrangers, selon des responsables gouvernementaux et d’anciens collaborateurs de Wagner. Le ministre des Mines, Rufin Benam Beltoungou, et des responsables du groupe Wagner ont discuté des moyens d’échapper à la surveillance internationale, notamment en contournant les marchés de l’or aux Émirats arabes unis.

Après de longs pourparlers, le ministre Beltoungou, un proche allié de Wagner, a accepté d’aider Pavel Prigojine à acheminer de l’or vers les marchés internationaux en délivrant des documents attestant qu’il s’agit de biens appartenant à l’État, selon des responsables gouvernementaux.

Au cours des trois derniers mois, ces cargaisons d’or ont été expédiées en Biélorussie, un allié proche du Kremlin.
Influenceur via les radios qu’il contrôle

Mais Wagner sert aussi la communication de la présidence, notamment via les médias. Ainsi, Dmitri Sytyi, 34 ans, bras droit de Pavel Prigojine, dirige des stations de radio financées par Wagner qui diffusent une propagande anti-occidentale destinée à renforcer la position de Faustin Touadéra. Le président a obtenu un troisième mandat en décembre, lors d’un scrutin jugé ni libre ni équitable par les observateurs internationaux. Ses détracteurs le surnomment “Président Wagner”, en référence à l’influence présumée du groupe.Dans les rues de Bangui, des panneaux publicitaires financés par Wagner présentent la Russie comme le partenaire privilégié des pays africains, une initiative qui s’inscrit dans une stratégie visant à rester dans les bonnes grâces de Poutine. Sur les ondes des radios soutenues par Wagner, des commentateurs vantent l’influence russe tout en fustigeant les pays occidentaux.

Sous la direction de Pavel Prigojine, Wagner a étoffé ses rangs en recrutant des rebelles centrafricains capturés, des hommes ayant changé de camp, désormais largement connus sous le nom de “Russes noirs”.

Trafiquant de drogue

Toujours selon l’enquête du Wall Street Journal, Wagner a par ailleurs étendu ses activités au trafic de drogue. Des habitants de Bangui ont partagé des photos et des vidéos montrant des combattants de Wagner masqués, accompagnés par la police locale, en train d’interpeller des individus soupçonnés de vendre des stupéfiants en dehors du réseau contrôlé par Wagner.

Un jour, durant l’été, des combattants de Wagner masqués, vêtus d’uniformes de la police locale, ont fait irruption dans une rue de Bangui réputée pour la vente d’opioïdes, notamment du tramadol. Selon des témoignages, ils ont pénétré dans une boutique appartenant à Mahamat Abderman, qui gérait auparavant leur réseau de distribution mais avait, depuis, pris son indépendance.

Wagner fabrique et commercialise également une vodka baptisée “Wa Wa Wa” – soit “Feu et Feu” ainsi qu’une bière appelée “Africa Ti L’Or”, “L’Afrique, c’est l’or” et contrôle une grande partie du marché local du tramadol, un opioïde délivré sur ordonnance.

Une organisation criminelle

“Wagner est passé du statut de puissant groupe de forces spéciales à celui de réseau désavoué qui semble basculer dans le crime organisé”, explique Lou Osborn, enquêtrice au sein de l’organisation à but non lucratif Inpact, basée en Suisse, qui suit les activités de Wagner en Afrique. “J’imagine que Pavel a été autorisé à poursuivre ses opérations, ce qui signifie soit qu’il a conclu un accord avec le Kremlin, soit qu’il a été neutralisé en tant que menace.”