L’Armée nationale libyenne (ANL), dirigée par le maréchal Khalifa Haftar, a lancé d’importants exercices militaires dans l’est de la Libye, présentés par ses responsables comme les plus imposants jamais organisés dans le pays.
Dans un décor désertique près de Derna, des colonnes de blindés, des unités des forces spéciales et divers équipements militaires ont été déployés à grande échelle. Le camp d’entraînement, dominé par un immense portrait du maréchal, sert de centre névralgique à ces manœuvres, qui doivent culminer le 19 mai en présence de Khalifa Haftar et de ses proches, notamment son fils Saddam Haftar, considéré comme son successeur.
Ces exercices coïncident avec l’anniversaire de l’opération « Karama », lancée en 2014 pour reprendre Benghazi aux groupes jihadistes, dont l’État islamique, dans un contexte de forte instabilité. Cette campagne avait permis à l’ANL d’étendre progressivement son emprise sur l’est du pays.
Selon les responsables militaires, plus de 25 000 soldats participent aux manœuvres, incluant chars, systèmes de défense aérienne et unités navales. Pour le commandement, il s’agit d’adresser un signal aussi bien aux alliés qu’aux adversaires, dans un contexte marqué par des tentatives de rapprochement entre les autorités rivales de l’est et de l’ouest, notamment sous l’impulsion d’initiatives internationales.
Depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye reste divisée entre deux pôles de pouvoir : un gouvernement reconnu par l’ONU à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah, et une administration basée à l’est, dominée par le camp Haftar.
Après l’échec de son offensive contre Tripoli en 2020, l’ANL met désormais en avant son rôle dans la stabilisation des régions qu’elle contrôle, évoquant des efforts de reconstruction et de développement. Ces affirmations sont toutefois contestées par des ONG, qui accusent des forces affiliées au maréchal d’abus, notamment des arrestations arbitraires et des disparitions forcées.
Pour les responsables militaires, ces exercices visent aussi à démontrer la capacité de l’armée à sécuriser les frontières face aux menaces régionales, qu’elles proviennent de groupes armés ou de réseaux de contrebande actifs dans des pays voisins comme le Mali, le Niger ou l’Algérie. Ils rejettent par ailleurs les critiques, affirmant que l’ANL se veut une force nationale représentant l’ensemble des Libyens.
