Cinq jours après des attaques contre des positions stratégiques de l’armée avec l’aide des rebelles touareg du FLA, et alors que la capitale Bamako est sous blocus, la force unifiée antidjihadiste du Niger, du Burkina Faso et du Mali a dit avoir mené d’« intenses campagnes aériennes » dans le nord du Mali.
Outre les armes, l’offensive menée par les rebelles contre la junte au Mali se retrouve également dans les mots. Les djihadistes du Groupe de soutien de l’islam et de musulmans (GSIM) ont encouragé, jeudi 30 avril, une union pour renverser les militaires au pouvoir.
« Nous appelons tous les patriotes sincères, sans distinction aucune, à se lever et à unir nos forces dans un front commun », ce qui inclut « les partis politiques, les forces armées nationales, les autorités religieuses, les chefs traditionnels et toutes les composantes de la société malienne », a déclaré en français le groupe sur sa plate-forme, Az-Zallaqa. « Il est impératif de mettre fin » à la junte, en faveur d’« une transition pacifique et inclusive » pour un « nouveau Mali » dont « l’une des priorités essentielles [sera] l’établissement de la charia », la loi islamique, a ajouté le GSIM.
La déclaration du groupe djihadiste est publiée cinq jours après les attaques coordonnées que cette organisation, affiliée à Al-Qaida, a menées avec des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) – une rébellion à dominante touareg – contre des positions stratégiques des militaires, au pouvoir depuis 2020, dans plusieurs villes, dont la capitale, Bamako, et sa voisine et fief de la junte, Kati, ainsi que Kidal et Gao, dans le nord du pays.
Jeudi soir, le gouvernement nigérien a annoncé que la force unifiée antidjihadiste du Niger, du Burkina Faso et du Mali a mené d’« intenses campagnes aériennes » dans le nord du Mali. Les trois pays, tous dirigés par des juntes issues de coups d’Etat entre 2020 et 2023, ont créé une force unifiée de 5 000 hommes contre les « groupes terroristes », portée à 15 000 membres mi-avril.
Hommage national au ministre tué durant les attaques
Le GSIM a commencé à imposer, jeudi, un blocus routier à Bamako. Le trafic aérien vers les pays voisins reste, quant à lui, maintenu. Ce blocus est de mise dans la capitale où, dans la matinée, un hommage national a été rendu au ministre de la défense, Sadio Camara, en présence du chef de la junte malienne, Assimi Goïta. Le général Camara a été tué, samedi à Kati, par un « véhicule piégé conduit par un kamikaze » ayant pris pour cible sa résidence, selon le gouvernement malien.
L’hommage qui lui a été rendu s’est déroulé sous très haute sécurité, a constaté l’Agence France-Presse (AFP). Visages fermés, des milliers de personnes, parents, proches, amis, personnalités officielles du Mali et des responsables de pays voisins ont participé à la cérémonie. Le général Camara était une figure-clé de la junte et était considéré comme l’architecte du rapprochement de ces dernières années avec la Russie.
La Russie rejette l’appel à se retirer du pays
Sa mort est un coup dur pour la junte, plus que jamais affaiblie et qui se retrouve dans une situation très difficile, tandis que la ville stratégique de Kidal est désormais sous contrôle des groupes armés qui semblent continuer de progresser dans le Nord. Cette mort, les attaques d’ampleur et la perte de Kidal jettent également le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés et mettent à mal sa rhétorique, qui affirmait jusqu’ici que sa stratégie de rupture, ses nouveaux partenariats avec l’étranger et son effort militaire accru avaient permis d’inverser la tendance face aux combattants islamistes.
Le Mali fait face à une situation sécuritaire critique et est en proie à l’incertitude et à la fébrilité après les attaques coordonnées et simultanées de ces groupes armés à travers son territoire, qui ont fait au moins 23 morts civils et militaires, selon une source hospitalière.
Mardi, Assimi Goïta a affirmé que la situation était désormais « maîtrisée », tout en reconnaissant un moment d’une « extrême gravité ». « La situation est loin d’être sous contrôle », a rétorqué, mercredi, le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, dans un entretien avec l’AFP, affirmant que le régime militaire « va tomber, tôt ou tard ».
Moscou a affirmé jeudi que ses forces se maintiendraient au Mali, rejetant ainsi l’appel des rebelles à un retrait russe du pays.
