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Algérie : qui est Djamel Medjdoub, le nouveau patron des renseignements extérieurs ?

Homme de confiance de Bouteflika puis condamné dans le cadre de l’affaire de Zeralda, le général-major revient en grâce avec sa nomination à la tête de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure. Portrait.

S’il fallait un mot pour qualifier Djamel Kehal Medjdoub, ce serait sans doute « le revenant ». Sa nomination la semaine dernière comme patron de la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) sonne comme une réhabilitation en bonne et due forme et signe la fin de la traversée du désert pour ce général-major condamné en décembre 2015 à trois ans de prison ferme dans le cadre de l’affaire de Zeralda.

La direction des services d’intelligence et de renseignements extérieurs est devenu un siège hautement éjectable. Les deux prédécesseurs de Djamel Kehal Medjdoub, Mohamed Bouzit, dit Youcef, et Nour-Eddine Mekri, ont tous deux « tenu » moins de deux ans. Djamel Kehal Medjdoub se montrera-t-il plus résilient que ces deux hommes qui, comme lui, ont fait leurs armes dans le renseignement ?

Saint-Cyr et le FSB russe

Ceux qui connaissent ou ont travaillé à ses côtés décrivent un homme efficace, loyal et rigoureux. Les états de service du septuagénaire s’étalent sur plus d’un demi-siècle. Originaire d’El Milia, dans le Nord constantinois, issu d’une famille de révolutionnaires, le jeune Medjdoub se destinait à une carrière de footballeur de haut niveau avant d’opter pour l’armée. Les services de renseignements, précisément.

Sorti de l’école du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) à Alger, passé par Saint-Cyr et par l’Académie des renseignements extérieurs du FSB russe, il officie d’abord comme ancien directeur des études au DRS avant de se faire confier plusieurs missions et fonctions en Iran – il parle couramment le persan –, au Liban, au Pakistan, au Yémen, en Syrie et en France.

Homme des dossiers délicats, réputé calme, il a été une des chevilles ouvrières de l’équipe qui a piloté l’extradition en novembre 2005 de Amari Saïfi, dit Abderazak el-Para, ancien n°2 du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), du Tchad vers l’Algérie via la Libye. Il est repéré dès 2004 par l’ex-patron des services de renseignements, le général Mohamed Mediène, dit, Toufik, qui le propulse à la Direction de la sécurité et de la protection présidentielles (DSPP).

L’ange-gardien de Bouteflika

Visage émacié, costume invariablement anthracite, faux airs de Clint Eastwood… Djamel Kehal Medjdoub aura été pendant dix ans l’ange-gardien de Abdelaziz Bouteflika, jusqu’en 2015. À la tête d’un bataillon de 700 gardes du corps, il veille jour et nuit à la sécurité de l’ex-chef de l’État à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Entre les deux hommes se tissent des liens de confiance. L’homme est apprécié pour son professionnalisme. Bouteflika lui prodigue même des conseils, comme quand il l’invite à aller à l’étranger pour faire un check-up de santé suite à des petits soucis cardiaques.

Le tournant de sa longue carrière tombe comme un couperet en juillet 2015 dans la résidence médicalisée de Bouteflika, à Zeralda, sur le littoral ouest d’Alger. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 2015, des hommes tentent de s’introduire dans cette résidence avant de se replier face aux coups de feu de la garde présidentielle. Cette tentative d’intrusion, dont les raisons restent mystérieuses aujourd’hui, suscite la colère de Saïd Bouteflika, alors puissant conseiller à la présidence. Les sanctions sont lourdes. Le général-major Ahmed Moulay Meliani, qui dirige la Garde présidentielle est limogé, ainsi que le général Djamel Kehal Medjdoub.

Coup de sang

Ce dernier vit très mal son éviction, les accusations et les reproches qui sont adressées publiquement ou en privé à lui et à son équipe. Ne supportant pas que son époux soit cloué au pilori et livré à la vindicte des médias proches de Saïd Bouteflika, son épouse fait un malaise à l’annonce du limogeage de son mari. Presque cinquante ans de carrière balayés à cause d’un coup de sang. Résolue à ne pas laisser ce qu’elle considère comme une injustice et une diffamation, la famille du général rompt le silence dans un communiqué pour défendre son honneur et son intégrité. Une première dans le milieu du renseignement.

Au limogeage s’ajoutent les poursuites judiciaires à l’encontre de Djamel Kehal Medjdoub devant le tribunal militaire de Constantine. Le 2 décembre 2015, le général-major est condamné à trois ans de prison ferme à l’issue d’un procès à huis clos. Il interjette appel de sa condamnation et finit par être innocenté par une cour d’appel militaire.

Depuis plusieurs mois, son nom revenait régulièrement dans les coulisses du sérail. « Sa nomination rentre dans le cadre de la refonte, dans le calme et la sérénité, de l’institution militaire », confie une source proche de la DGDSE.
Jeune Afrique

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