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Tolérance ethnique et confessionnelle, la clé de la stabilité sociale en Afrique Subsaharienne

Le Toupictionnaire définit la tolérance comme étant l’action, l’attitude de supporter ou de pas interdire ce que l’on désapprouve et qu’on ne peut éviter. La tolérance est aussi une dérogation admise à certaines règles.

Elle dérive du latin tolerare (supporter, supporter un poids, un fardeau physique ou moral), désignant ” la capacité à accepter ce que l’on désapprouve ». Vladimir Jankélévitch estime que c’est “un moment provisoire qui permet à ceux qui ne s’aiment pas de se supporter mutuellement, en attendant de pouvoir s’aimer“. Considérer comme un facteur d’entente entre les peuples, le Docteur  Muzammil Siddîqî, en se référant aux principes de l’UNESCO concernant la tolérance, pense qu’elle émane de  la reconnaissance de :

–                la dignité des êtres humains ;

–                l’égalité fondamentale de tous les êtres humains ;

–                l’universalité des Droits de l’Homme ;

–                la liberté fondamentale de pensée, de conscience et de croyance.

En se référant à l’histoire africaine, la population Sub-saharienne était hospitalière des religions abrahamiques, tout en soulignant que certaines parties du continent ont résisté à l’implantation des missions. Aussi, les multiples ethnies du continent cohabitaient paisiblement entre elles. Malheureusement que cette indulgence propre à l’Afrique s’est de nos jours muée en méfiance, voire haine. Elle a cédé le pas à la passion et semble être considérée comme une faiblesse vis-à-vis de l’autre.

Instrumentation, préjugés, richesses, sources de conflits

Pour mieux cerner la problématique des conflits ethniques et confessionnels en Afrique, il faudrait de primo procéder à un flash-back historique.

Pour assoir sa tutelle sur ses possessions africaines, le colonisateur avait joué sur la carte ethnique pour réaliser son objectif. Puis, des régimes post indépendances ont perpétué cette politique.

Après le Sommet de la Baule de 1990, l’espoir de voir le continent se débarrasser des démons de la guerre civile n’est que mirage. Certains partis qui avaient les rênes du pouvoir et leurs oppositions continuèrent d’instrumentaliser les ethnies à des fins de domination politique. En dépit de la démocratie, le népotisme demeure un mode de gestion, occasionnant frustration et inimitié. Des membres d’une communauté se regardent en chien de faïence pour des opinions politiques contraires. Ensuite, à une grande échelle, elle met en conflit des ethnies qui cohabitaient pacifiquement malgré leurs diversités.

A côté du népotisme, beaucoup de spécialistes des conflits estiment que l’accès aux richesses foncières, à l’eau, ainsi que minérales sont aussi sources de conflits ethniques. “De toute logique, sont nés des conflits entre agriculteurs et éleveurs dans les pays du Sahel, les conflits pour le contrôle des ressources minières en Sierra Leone et au Libéria et enfin des conflits fonciers en Côte d’Ivoire“, note Denis-Zodo sur son blog. La crise Sud soudanaise, en passant par le génocide rwandais de 1994, les mouvements armés au Congo Démocratique, la guerre du Liberia, le trouble post-électoral au Kenya, illustrent cela et laissent croire que la tolérance n’est plus une vertu en Afrique.

Cependant, si tous déplore l’instrumentation ethnique à des fins politiques, la religion n’est pas épargnée, elle est souvent considéré comme une organisation au service d’une élite politique et confessionnelle. Dommage que des leaders manipulent la sensibilité religieuse (christianisme, Islam,…) pour dresser des communautés entre-elles. La Somali, le Soudan, le Centrafrique, le Nigeria, le Kenya, la Libye et le Darfour,… font cas d’exemple.

 

Tolérance, facteur de stabilité sociale

Par le tableau sombre qu’elle affiche, l’Afrique Noir ne cesse de défrayer la chronique pour son instabilité qui inhibe tout effort de développement. Ces crises identitaires sont-t-elles fatales ? Comment tourner cette page dramatique ? A ces questions, des pistes ont été explorées auxquelles figurent en lettre gras la “tolérance”.

Kofi Annan, ex-Secrétaire Général de l’Organisation des Nations Unies à l’occasion de la Journée Internationale de la tolérance, le 16 novembre 2004 affirmait que “ face à la montée des fanatismes de toute sorte qui exploitent l’ignorance et la peur de l’autre, la seule solution consiste à cultiver la tolérance “.

A l’instar d’autres peuples qui ont atteint un seuil de développement grâce au vivre-ensemble, l’Afrique Noire doit tourner la page des crises identitaires avec sa sombre comptabilité, et cesser de considérer la tolérance comme une faiblesse. Les Africains devront s’armer d’outils juridiques pour combattre l’exclusion, la discrimination, le fanatisme comme le proclame la Déclaration de principes sur la tolérance. Et si nous voulons que ” toute tolérance devienne à la longue un droit acquis “, comme disait Clemenceau, sa promotion s’impose. Pour Koffi Annan, “elle sollicite, en effet, l’engagement politique et moral tant des dirigeants des Etats que des autres citoyens dans la perspective d’une société multiculturelle et non-discriminante“.

Le Rwanda qui pourtant a vécu un grand déchirement ethnique panse ses meurtrissures du génocide en investissant dans la tolérance, véritable gage de la paix sociale, de la démocratie et du développement durable.

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