Au moins 48 civils ont été tués dimanche lors d’attaques perpétrées par des jihadistes dans la région de Ménaka, dans le nord-est du Mali, provoquant des déplacements de population, selon un nouveau bilan communiqué mardi à l’AFP par des sources concordantes.
Depuis 2012, le Mali est en proie à une profonde crise sécuritaire nourrie par les violences de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation Etat islamique (EI), ainsi que de groupes criminels communautaires et de mouvements indépendantistes touareg.
Ce pays sahélien est dirigé par une junte souverainiste arrivée au pouvoir par deux coups d’Etat en 2020 et 2021 sur la promesse de rétablir la sécurité intérieure et de maintenir son intégrité territoriale, sans y parvenir jusqu’à présent.
Les attaques sanglantes de dimanche, menées par des hommes armés arrivés à moto, ont visé, selon ces sources sécuritaires et locales, plusieurs campements appartenant majoritairement à la communauté touareg Daoussahak, dont est issu le “Mouvement pour le salut de l’Azawad” (MSA), armé et proche de la junte au pouvoir à Bamako.
Plusieurs sources locales et associatives ont attribué cette tuerie à l’organisation État islamique au Sahel (EIS).
Les attaques ont visé des campements situés à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Ménaka, notamment dans la localité de Tinabow et le secteur de Tagadayat.
Selon une source officielle locale interrogée mardi par l’AFP, le “bilan est de 48 civils tués et 11 disparus”.
“Nous avons les noms”, a précisé cette source, ajoutant que “les jihadistes ont menacé de revenir. Il faut craindre aujourd’hui (mardi) un déplacement des populations”.
Attaques de “représailles”
Une source militaire interrogée par l’AFP a pour sa part fait état mardi d’une “quarantaine” de morts.
D’après une source sécuritaire basée à Gao, la tuerie est intervenue “en représailles à des opérations militaires menées dans la zone récemment et à des attaques de la part du MSA”.
“Selon les informations qui nous parviennent, il y a eu une quarantaine de morts, majoritairement des hommes”, a ajouté cette source.
La junte malienne s’est rapprochée depuis plusieurs années de la Russie, dont les paramilitaires du groupe Africa Corps l’aident dans sa lutte antijihadiste.
“Des hommes armés ont fait irruption dans plusieurs campements à 50 km de la ville de Ménaka. Ils ont tiré sur tout ce qui bouge. Il y a eu 50 civils tués dont des jeunes et des personnes âgées”, avait déclaré lundi à l’AFP une autre source sécuritaire à propos de la tuerie de dimanche.
Selon une source locale à Tinabow interrogée par l’AFP, “plusieurs dizaines de motos sont soudainement arrivées et ont commencé à tirer et à mettre le feu aux habitations” dimanche dans la soirée.
“Ils (les assaillants, NDLR) n’ont adressé la parole à personne, ils ont juste commencé à tuer. J’ai vu des dizaines de corps”, a poursuivi cette source.
Un élu local a confirmé ce bilan à l’AFP, faisant état de “plus de 50 morts, dont des femmes et des vieillards”, évoquant aussi un déplacement important de population vers la ville de Ménaka.
“Massacre de masse”
Selon le Bureau exécutif de la communauté Daoussahak, au moins “48 civils ont été tués le dimanche 18 octobre 2026 dans la localité de Tagadayat”.
Dans son communiqué, l’organisation dénonce le “massacre” de “populations civiles sans défense” mené par des assaillants “arrivés à bord de plusieurs motos”.
Cette organisation lance aussi un appel à de l’aide humanitaire d’urgence pour les déplacés.
L’armée malienne avait de son côté affirmé avoir mené samedi des opérations dans la même zone, à 65 km au sud-ouest de la ville de Ménaka.
“Une importante base abritant plusieurs éléments terroristes ainsi que du matériel de guerre et de logistique (…) a été ciblée et frappée avec succès”, ont indiqué les Forces armées maliennes (FAMa).
Depuis plusieurs semaines, des affrontements d’une ampleur inédite et très meurtriers opposent par ailleurs les branches sahéliennes des jihadistes de l’Etat islamique (EIS) et d’Al-Qaïda (JNIM) dans la zone frontalière à cheval sur le Mali, le Burkina Faso et le Niger.
Les deux groupes qui convoitent les mêmes espaces géographiques et cherchent à contrôler les mêmes routes et les populations locales, s’affrontent régulièrement depuis 2019.
Une rivalité qui révèle aussi leur expansion constante au Sahel, difficile à endiguer pour les juntes au pouvoir dans ces trois pays qui forment l’Alliance des Etats du Sahel (AES).
