Élections 2026 en Afrique : Naviguer dans la complexité pour répondre aux attentes des citoyens

Élections 2026 en Afrique : Naviguer dans la complexité pour répondre aux attentes des citoyens

Pour que les citoyens puissent faire entendre leur voix en 2026, l’Afrique devra composer avec un paysage électoral complexe marqué par des conflits, des dirigeants bien établis, le mécontentement croissant des jeunes et l’influence d’acteurs extérieurs.

La diversité des modes de gouvernance en Afrique se reflète dans les 11 pays qui prévoient d’organiser des élections en 2026. On peut s’attendre à ce que près de la moitié d’entre elles soient compétitives, tandis que les résultats des autres sont prévisibles. Le deuxième pays le plus peuplé du continent, l’Éthiopie, ainsi que certains des plus petits, dont les nations insulaires du Cap-Vert et de São Tomé et Príncipe, se rendront aux urnes cette année.

Dans 4 de ces 11 pays (Ouganda, République du Congo, Djibouti et Soudan du Sud), les présidents sont au pouvoir depuis au moins 15 ans. En Ouganda et en République du Congo, les dirigeants occupent leur poste depuis plus de quarante ans. (Dans le cas de Denis Sassou-Guesso, cela s’est passé en deux temps). Les quatre cas de mandats prolongés ont tous été rendus possibles par le fait que les présidents en place ont, au fils des ans, contourné les restrictions relatives à la limitation du nombre de mandats, ce qui a entraîné des coûts économiques, politiques et sécuritaires pour leurs pays.

La Somalie et l’Éthiopie organiseront des élections dans un contexte de conflit armé. Le Bénin, la Gambie et la Zambie tentent quant à eux de remettre en place leurs institutions démocratiques après des dérives autoritaires plus ou moins importantes.

Bon nombre des pays africains qui auront des élections en 2026 sont confrontés à des tests des principes démocratiques consistant à mettre en place des contrôles efficaces sur le pouvoir exécutif afin de permettre le partage du pouvoir et la représentation populaire. Il s’agit là d’un défi considérable pour toute société, et trouver le bon équilibre n’est pas une formule toute faite. Pour plusieurs de ces pays, les réformateurs à l’origine de l’ouverture démocratique constituent désormais une menace à cause de la concentration excessive du pouvoir au sein de l’exécutif.

Les jeunes sont au centre de toutes ces élections, exigeant plus de transparence, d’équité et de réactivité de la part des processus électoraux africains.

La jeunesse est au cœur de toutes les élections organisées cette année sur le plus jeune continent du monde. Elle souhaite être entendue et exige davantage de transparence, d’équité et de réactivité envers les citoyens dans le cadre de ces processus électoraux. C’est le cas même dans les pays où les règles du jeu électoral sont inégales, ce qui souligne l’aspiration profonde et l’engagement en faveur d’une réforme démocratique sur tout le continent.

L’Afrique de l’Est sera représentée de manière disproportionnée puisque 5 des 11 élections du continent s’y dérouleront. Au-delà des effets directs que cela aura sur la gouvernance et la sécurité dans cette région, l’Afrique de l’Est est également confrontée à des rivalités croissantes entre les États du Golfe, ce qui ajoutera une couche supplémentaire de complexité à ces élections.

Les normes régionales étant en évolution sur tout le continent, les élections, même dans les plus petits pays, sont susceptibles d’avoir des répercussions plus importantes sur la gouvernance et la sécurité.

Voici quelques thèmes à observer pour chacune d’entre elles.

Par ailleurs, cinq pays organisent des élections législatives cette année : le Bénin (12 janvier), le Cameroun (mai), l’Algérie (juin), le Maroc (septembre) et la Guinée (2026).

Ouganda
Présidentielle et législative: 15 janvier 2026

Le président ougandais Yoweri Museveni briguera un septième mandat lors de l’élection présidentielle du 15 janvier, qui marque le coup d’envoi du calendrier électoral africain de 2026. Lui et son parti, le Mouvement national de résistance (NRM), mènent campagne sur le thème « Protéger les acquis : faire un bond qualitatif vers le statut de pays à revenu intermédiaire élevé ». Ce cycle électoral marque le 40ème anniversaire du mandat de l’ancien chef militaire révolutionnaire, le troisième plus long du continent, après Teodoro Obiang Nguema en Guinée équatoriale et Paul Biya au Cameroun.

Âgé de 81 ans, Museveni a prolongé son mandat en supprimant les limites de durée précédemment établies en 2005 et 2017. La campagne de Museveni cette année est également éclipsée par le rôle de plus en plus important joué par son fils, Muhoozi Kainerugaba, âgé de 51 ans. Aujourd’hui chef des forces de défense après une série de montées en grade rapides, Kainerugaba est largement considéré comme étant préparé à la présidence dans le cadre d’une succession héréditaire soigneusement orchestrée.

La normalisation de la violence autour des élections en Ouganda suit un schéma récurrent ’en Afrique de l’Est.

Comme lors des élections de 2021, où l’opposition avait été confrontée à près de 3 000 enlèvements et 54 morts (plus 18 personnes sont toujours portées disparues), le processus électoral de 2026 a été marqué par des actes d’intimidation et de violence à l’encontre de l’opposition. Des centaines de partisans de l’opposition ont été arrêtés et les rassemblements de l’opposition sont souvent perturbés, notamment par des barrages routiers, des arrestations arbitraires, des tirs de gaz lacrymogènes et l’utilisation de canons à eau par la police contre les partisans. Des blessés et des morts ont été signalés lors de plusieurs rassemblements électoraux de l’opposition, la police ayant parfois tiré à balles réelles.

La violence est si omniprésente que le principal candidat de l’opposition, Bobi Wine, du Parti de l’unité nationale (NUP), a comparé la campagne à une zone de guerre. En mai 2025, Kainerugaba s’est vanté publiquement d’avoir personnellement torturé le premier garde du corps de Wine, Edward Sebuufu (alias Eddie Mutwe), qui avait été enlevé cinq jours plus tôt.

Ces intimidations persistantes ont poussé le président de la Commission électorale ougandaise (CE), le juge Simon Mugenyi Byabakama, à condamner la violence et à réaffirmer que tous les candidats à la présidence sont légalement autorisés à faire campagne partout en Ouganda.

La normalisation de la violence autour des élections en Ouganda suit un schéma récurrent en Afrique de l’Est. Les restrictions sévères imposées à la campagne de l’opposition à l’approche des élections tanzaniennes d’octobre 2025 ont été suivies d’un niveau sans précédent d’enlèvements, d’arrestations et d’assassinats de plusieurs milliers de partisans de l’opposition et de citoyens ordinaires, contredisant l’affirmation selon laquelle 98 % des électeurs auraient soutenu la présidente sortante Samia Suluhu Hassan.

Ces dernières années ont également été marquées par une coopération accrue entre les gouvernements d’Afrique de l’Est pour restreindre les actions de l’opposition et la solidarité de la société civile. Même s’il n’était pas prévu qu’il se présente aux élections de 2026, le Dr Kizza Besigye, leader de longue date de l’opposition ougandaise, a été arrêté au Kenya en novembre 2024 et rapatrié en Ouganda, où il a d’abord risqué d’être jugé par un tribunal militaire. Il est toujours en détention, accusé de trahison et passible de la peine de mort. Les avocats kenyans et tanzaniens qui ont tenté de le représenter ou d’observer son procès se sont heurtés à une série d’obstacles.

L’année dernière a également été marquée par une intensification des intimidations à l’encontre des journalistes couvrant les élections ougandaises, notamment des agressions, des détentions et des tortures. Au moins 15 journalistes couvrant les élections partielles dans le district de Kawempe Nord en mars 2025 ont été pris pour cible par la Force spéciale antiterroriste, ce qui a conduit plusieurs médias à rappeler leurs journalistes. Cela est d’autant plus remarquable que le gouvernement a toujours toléré une relative liberté pour les médias indépendants et l’exercice des libertés civiles, malgré la longue domination du NRM.

Malgré ces obstacles redoutables, sept candidats de l’opposition se présentent à l’élection présidentielle en Ouganda, où le candidat vainqueur doit obtenir la majorité absolue ou passer à un second tour entre les deux candidats ayant obtenu le plus grand nombre de voix.

Chaque année, seuls 90 000 des 700 000 diplômés trouvent un emploi dans le secteur formel.

Bobi Wine est de loin le plus en vue des candidats de l’opposition. Comme lors de la campagne de 2021, ce candidat de 43 ans a attiré des foules importantes partout où il s’est exprimé. Cette star du reggae a galvanisé le vote des jeunes autour des thèmes du rétablissement de la démocratie et du constitutionnalisme, de la lutte contre la corruption et de la création d’emplois pour les jeunes grâce à une réforme économique.

On estime que 33 des 46 millions d’habitants de l’Ouganda ont moins de 30 ans, dont 10,7 millions d’électeurs. Comme dans d’autres pays africains à forte population jeune, les jeunes sont à l’avant-garde des revendications en faveur de réformes politiques et économiques.

Les sondages indiquent que le chômage et la corruption sont les principales préoccupations des électeurs ougandais. L’Ouganda se classe 140ème sur 180 pays dans l’indice annuel de perception de la corruption de Transparency International. Le taux de chômage global du pays s’élève à 12,6 %, tandis que le chômage des jeunes atteint 43 %. Chaque année, seuls 90 000 des 700 000 diplômés trouvent un emploi dans le secteur formel. Le revenu annuel par habitant de l’Ouganda, qui s’élève à 987 dollars, a augmenté en moyenne de 1,8 % au cours des quatre dernières années.

La question la plus importante à surveiller lors des élections de 2026 est peut-être le degré de transparence entourant le dépouillement des votes. En 2021, plutôt que de communiquer les résultats électoraux par bureau de vote comme l’exige la loi, la CE a annoncé les résultats par région. Cela a limité la possibilité de valider ces résultats et a suscité un scepticisme généralisé autour du décompte annoncé d’une victoire de Museveni, avec 58 % des voix au premier tour. Si les chiffres exacts restent contestés, le NUP a remporté la majorité dans les principaux centres urbains de Kampala, Buganda (centre de l’Ouganda) et Busoga (est de l’Ouganda). Les membres du parlement issus des partis d’opposition contrôlent désormais collectivement environ 100 sièges sur les 556 que compte l’assemblée législative.

Les élections en Ouganda sont à bien des égards un microcosme des courants contraires qui façonnent l’espace politique en Afrique.

Reflétant les préoccupations en matière de sécurité et de transparence, les chefs religieux réunis au sein du Conseil interreligieux de l’Ouganda ont appelé le 25 novembre 2025 à la prise de mesures visant à garantir la paix, la justice et l’intégrité des élections. Le 3 décembre, le père Deusdedit Ssekabira, un prêtre catholique de la ville de Masaka, a été enlevé. L’armée a confirmé près de deux semaines plus tard qu’il était détenu dans une prison militaire pour « activités subversives », accusations que le diocèse de Masaka a niées.

Les élections en Ouganda sont, à bien des égards, un microcosme des courants contraires qui façonnent l’espace politique en Afrique. Les partis au pouvoir depuis longtemps tentent de se maintenir malgré une popularité en déclin et les demandes croissantes de pluralisme d’une population jeune et agitée qui n’a connu qu’un seul dirigeant. La question que se posent les Ougandais est de savoir si ces élections seront un catalyseur de réforme et d’autocorrection démocratique, ou si elles ne feront que perpétuer le statu quo.

République du Congo
Présidentielle: 15 mars 2026

Sassou-Nguesso a prolongé son règne en contournant les restrictions sur l’âge et à la limitation du nombre de mandats.

L’élection de 2026 en République du Congo devrait déboucher sur un résultat prévisible, le président Denis Sassou-Nguesso cherchant à perpétuer son emprise sur le pouvoir depuis 41 ans dans le troisième plus grand pays exportateur de pétrole d’Afrique. Âgé de 82 ans, M. Sassou-Nguesso est le troisième plus ancien dirigeant africain.

Sassou-Nguesso a prolongé son règne dans ce pays d’Afrique centrale de 6 millions d’habitants en contournant les restrictions d’âge et de mandat en 2015, ce qui lui permet de briguer un cinquième mandat présidentiel consécutif en 2026. (Il y a eu une interruption de 5 ans dans le règne de Sassou-Nguesso de 1992 à 1997, lorsque l’ère du multipartisme a été introduite au Congo).

Sassou-Nguesso a été déclaré vainqueur avec 88% des voix à l’élection présidentielle de 2021 que les principaux partis d’opposition ont boycottée en raison de conditions jugées inéquitables. Le scrutin a été marqué par un faible taux de participation et par l’absence de noms d’électeurs sur les listes électorales. Le Parti congolais du travail (PCT) de M. Sassou-Nguesso et ses alliés ont obtenu presque tous les 151 sièges de l’Assemblée nationale, à l’exception de 29.

L’élection de 2026 est en passe de reproduire les campagnes précédentes, vu l’emprise de Sassou-Nguesso sur les principaux leviers du pouvoir dans le pays.

Les membres de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Congo sont sélectionnés par l’Assemblée nationale, ce qui donne au parti au pouvoir un avantage dans l’organisation des élections. À titre d’exemple, les partis de l’opposition se voient parfois refuser des certificats de reconnaissance, ce qui les empêche de procéder à leur inscription. En juin 2025, le ministère de l’Intérieur a suspendu 15 partis d’opposition. Plusieurs d’entre eux envisageaient de former une coalition, le Rassemblement des forces du changement (RFC), pour participer aux prochaines élections.

Malgré ces contraintes institutionnelles, les candidats de l’opposition font toujours l’objet d’intimidations. Lassy Mbouity, le leader des socialistes congolais, a été enlevé le 11 mai 2025 et retrouvé dans un état critique dix jours plus tard. Ce dernier a déposé au moins cinq plaintes auprès de la Cour suprême, sans suite.

Le paysage politique étouffé du Congo a contribué à son marasme économique.

Sassou-Nguesso nomme tous les juges nationaux du pays et les tribunaux qui, à leur tour, protègent les intérêts du président, notamment en confirmant les condamnations de personnalités de l’opposition, telles que Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sur la base d’accusations largement considérées comme étant motivées par des considérations politiques, ce qui a encore affaibli la concurrence.

Les manifestations sont également interdites, les autorités de l’État ayant refusé d’accorder les autorisations requises. Ceux qui ont protesté ont été victimes de violences et d’arrestations par les forces armées du pays.

Les médias congolais sont aussi strictement contrôlés par l’exécutif. La direction des médias d’État et du Conseil supérieur de la liberté de communication (CSLC), l’organe de régulation des médias, est nommée par le président. Les médias qui ne se conforment pas aux directives du CSLC risquent de perdre leur accréditation.

Malgré cet environnement restreint, plusieurs candidats de l’opposition se présenteront à l’élection présidentielle de 2026. Outre Lassy Mbouity, il s’agit de :

Mathias Dzon, ancien ministre des Finances et candidat aux élections de 2021. Son parti, l’Union patriotique pour le renouveau national (UPRN), a obtenu huit sièges à l’Assemblée nationale.
Alexis Bongo, journaliste et animateur de talk-show, est considéré comme un modéré se concentrant sur les questions économiques et populaire auprès des jeunes.
Anguios Nganguia Engambé, président du Parti pour l’action de la République (PAR), qui fait campagne sur un programme de justice sociale, de transparence démocratique et de développement national. Il s’est présenté à de nombreuses élections précédentes.
Pascal Tsaty Mabiala, leader de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS).

Le paysage politique étouffé du Congo a contribué à son marasme économique, le pays étant soumis au « paradoxe de l’abondance ». Bien que les exportations de pétrole génèrent des revenus annuels d’environ 2 milliards de dollars, le développement humain reste faible et à la traîne par rapport à d’autres pays à revenu intermédiaire. En fait, le revenu réel par habitant a régressé de 28 % depuis 2015. Les dépenses en matière de santé et d’éducation ont chuté au cours de la dernière décennie, tandis que l’électricité reste peu fiable. Les niveaux d’inégalité sont parmi les plus élevés d’Afrique.

La sous-performance économique du Congo est en partie liée à sa réputation en matière de corruption endémique. Le pays se classe 151e sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International. Le favoritisme systémique et les détournements de fonds réduisent la flexibilité budgétaire et contribuent aux pénuries d’électricité et d’eau, aux retards dans le versement des salaires et des pensions, ainsi qu’à des niveaux élevés d’endettement.

Sassou-Nguesso entretient depuis longtemps des liens étroits avec la Chine et la Russie, qui se sont fortement impliquées dans les secteurs des hydrocarbures et des minerais du Congo. La Chine a financé de grands projets d’investissement, souvent en échange de pétrole et de bois. En conséquence, le Congo a accumulé une dette estimée à 3,2 milliards de dollars envers la Chine. La Russie, quant à elle, détient une participation de 90 % dans l’oléoduc Pointe Noire-Makoulou Pichot, et le président russe Vladimir Poutine a affirmé que le Congo était « une priorité essentielle de la politique étrangère de la Russie en Afrique ».

Le Congo attire également des géants mondiaux du secteur énergétique, tels que TotalEnergies, Perenco, Chevron, Eni et Lukoil.

Cette immobilité politique et la privation des droits civiques des citoyens congolais qu’elle engendre entraînent des coûts supplémentaires pour le développement national.

S’il n’y a guère de suspense quant au résultat de l’élection présidentielle de 2026, la bataille de succession au sein du parti, qui s’intensifie, suscite de plus en plus d’intérêt. Des camps rivaux se disputent la succession à la tête du parti lorsque Sassou-Nguesso se retirera. Le plus connu d’entre eux est le fils du président, Denis Christel Sassou-Nguesso, âgé de 50 ans et ministre de la Coopération internationale. Jusque-là, il a toutefois eu du mal à s’imposer à la tête du parti. Il doit faire face à la concurrence de Jean-Dominique Okemba, secrétaire général du Conseil national de sécurité. Jean-Jacques Bouya, ministre d’État chargé de l’aménagement du territoire, des infrastructures et de l’entretien routier, et cousin de Sassou-Nguesso, est également en lice. Les liens familiaux étroits (la fille de Sassou-Nguesso est également conseillère présidentielle) suggèrent qu’une planification successorale héréditaire est probablement en préparation.

Les élections de 2026 devraient maintenir le statu quo au Congo et, avec la planification de la succession en bonne voie, la dynastie Sassou-Nguesso pourrait se maintenir dans un avenir prévisible. Cette immobilité politique, et la privation des droits civiques des citoyens congolais qu’elle engendre entraînent des coûts supplémentaires pour le développement national. Dans un pays où près de la moitié de la population est âgée de moins de 18 ans et où le taux de chômage des jeunes est supérieur à 40 %, cette situation peut également avoir des conséquences sur la stabilité.

Bénin
Présidentielle et législative: 12 avril

L’élection présidentielle de 2026 dans ce pays côtier d’Afrique de l’Ouest de 14,5 millions d’habitants est importante non seulement pour sa trajectoire démocratique, mais aussi pour ses implications en matière de gouvernance et de sécurité pour toute la sous-région.

Le président Patrice Talon quitte ses fonctions à l’issue de son deuxième mandat, conformément à la limite constitutionnelle. Cela est remarquable compte tenu de la tendance croissante des dirigeants africains à prolonger leur mandat. La décision de M. Talon de se retirer n’était pas acquise, puisqu’il avait régulièrement cherché à modifier la constitution pour contourner les restrictions légales interdisant un troisième mandat. Le fait qu’il se sente obligé de passer le flambeau témoigne de la persistance des contraintes qui pèsent sur le chef de l’État dans l’espace politique béninois.

L’héritage de Talon, qui consiste à consolider le pouvoir exécutif, restera pendant un certain temps encore un défi pour les freins et contrepoids démocratiques au Bénin.

Néanmoins, l’élection sera un nouveau test de la résilience démocratique du Bénin. Au cours de son mandat, l’homme le plus riche du Bénin devenu homme politique a systématiquement restreint la participation politique dans ce pays qui a été un pionnier de la démocratisation en Afrique de l’Ouest au début des années 1990. Parmi ces restrictions figurent des frais d’ inscription exorbitants pour les partis, un « certificat de conformité » qui permet au parti au pouvoir d’exclure certains candidats, le recours à un tribunal spécial chargé de juger les crimes terroristes pour poursuivre les opposants politiques et les journalistes, et l’obligation pour les candidats politiques d’obtenir le soutien des membres de l’Assemblée nationale (dominée par les partisans de Talon en raison de ces obstacles). Ces mesures ont fortement réduit la représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale depuis 2019 et handicapé les candidats potentiels à la politique nationale.

Compte tenu de ces obstacles à la participation des partis d’opposition, la campagne électorale de 2026 s’annonce déséquilibrée dès le départ. La Cour constitutionnelle n’a approuvé que deux candidats pour l’élection présidentielle d’avril. Romuald Wadagni représentera la coalition au pouvoir du Bloc républicain (BR) et de l’Union progressiste le renouveau (UPR). Âgé de 49 ans, cet ancien ministre de l’Économie et des finances a joué un rôle de premier plan dans l’administration Talon. Issu du secteur privé, M. Wadagni a contribué aux politiques gouvernementales qui ont permis au Bénin de connaître une croissance économique stable tout en maintenant la cote de crédit souveraine du pays. Le revenu réel par habitant a augmenté de 27 % au cours des dix dernières années et le taux de mortalité infantile a baissé de 25 %, passant à 46 pour 1 000 naissances.

Paul Hounkpè, à la tête du parti Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), devrait être le seul candidat de l’opposition. M. Hounkpè a été ministre de la Culture sous l’ancien président Boni Yayi. Il était le candidat de son parti à la vice-présidence lors des élections présidentielles très restreintes de 2021. Il est également l’ancien maire de Bopa.

L’histoire la plus marquante de ces élections, cependant, reste celle d’un candidat qui ne figurera pas sur le bulletin de vote.

L’histoire la plus marquante de ces élections, cependant, reste celle d’un candidat qui ne figurera pas sur le bulletin de vote. Renaud Agbodjo, leader du plus grand parti d’opposition du Bénin, Les Démocrates, s’est vu exclu de la course électorale par la Cour constitutionnelle en vertu d’une formalité administrative de l’ère Talon, selon laquelle il n’aurait pas obtenu un nombre suffisant de soutiens de la part des membres du parlement. Agbodjo était considéré comme un adversaire redoutable, dont le nom était bien connu pour avoir défendu des personnalités politiques de l’opposition, dont Boni Yayi, qui avaient été arrêtées sur la base d’accusations largement considérées comme étant motivées par des considérations politiques.

Alors que 2026 verra l’investiture d’un nouveau président, l’héritage de Talon, qui a consolidé le pouvoir au sein de l’exécutif, constituera, pendant un certain temps encore, un défi pour les freins et contrepoids démocratiques au Bénin. Dans le cadre d’un ensemble d’amendements constitutionnels et de révisions du code électoral, les mandats présidentiels ont été prolongés de 5 à 7 ans, un sénat sera créé, dont certains membres seront nommés par le président, et le seuil minimum de participation des partis à l’Assemblée nationale a été porté à 20 %, ce qui rendra encore plus difficile la représentation des partis d’opposition.

Les enjeux de l’élection béninoise de 2026 ont été sobrement ponctués par une tentative de coup d’État menée par un groupe d’officiers de niveau intermédiaire dirigé par le Lieutenant-colonel Pascal Tigri, le 7 décembre 2025. Plusieurs personnes ont été tuées lors de cette tentative, et les putschistes ont temporairement pris le contrôle de la télévision et de la radio nationale avant d’être appréhendés ou chassés par les troupes loyalistes soutenues par la Force des États de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont l’armée de l’air nigériane et les forces spéciales ivoiriennes. La perspective d’un retour à un gouvernement militaire au Bénin rappelle les 18 années de répression et de stagnation économique de Mathieu Kérékou, qui ont donné naissance au mouvement démocratique béninois au début des années 1990.

La tentative de coup d’État a des implications régionales considérables. L’échec de la tentative de putsch a été un véritable soulagement pour la CEDEAO, étant donné que 5 des 15 États membres du bloc régional d’Afrique de l’Ouest ont succombé à des coups d’État depuis 2020. Dans le même temps, la révélation selon laquelle les putschistes auraient été aidés par les juntes militaires du Niger et du Burkina Faso voisins, reflète un effort apparent de la part des juntes sahéliennes pour normaliser les prises de pouvoir militaires en Afrique de l’Ouest.

La tentative de coup d’État au Bénin fait suite à une opération d’information soutenue, parrainée par la Russie, qui diffuse des affirmations sans fondement sur les progrès réalisés par les juntes militaires sahéliennes afin de susciter la désillusion au sein des démocraties des pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Ces campagnes de communication sont paradoxales, étant donné la détérioration de l’environnement sécuritaire, économique et politique dans chacun des trois pays dirigés par des juntes militaires, et le risque tangible que Bamako et Ouagadougou tombent aux mains des djihadistes. Le culte de la personnalité qui entoure le leader de la junte du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, est l’exemple même de ces campagnes.

L’installation d’un gouvernement militaire au Bénin permettrait également aux juntes militaires du Niger et du Burkina Faso, pays enclavés, d’accéder plus facilement aux principales voies de transport vers la côte et de les contrôler.

Une autre menace émanant des voisins sahéliens du Bénin est le débordement des groupes islamistes militants dans le nord du Bénin au cours des dernières années. On estime à 375 le nombre de morts attribuées à ces groupes dans le nord du Bénin au cours de l’année écoulée. Le plus actif de ces groupes militants serait la faction Katiba Hanifa de la coalition JNIM, qui a tenté de s’implanter en diffusant des messages intercommunautaires de division, en pratiquant l’extorsion et en se livrant au trafic illicite d’espèces sauvages et de produits forestiers provenant des parcs nationaux du W et de la Pendjari, situés le long des frontières septentrionales du Bénin.

La mobilisation pour répondre à cette violence a été une préoccupation majeure du gouvernement et de l’armée béninoise. Empêcher la propagation de cette menace sécuritaire plus au sud et stabiliser le nord du Bénin constitueront une priorité absolue pour quiconque remportera la présidentielle de 2026. La crédibilité du processus électoral et le degré de légitimité qu’il confère au candidat gagnant feront partie intégrante de la mobilisation et du maintien du soutien populaire nécessaire pour lutter efficacement contre la menace militante.

Bien que le Bénin soit l’un des plus petits pays de la CEDEAO, l’élection présidentielle de 2026 servira de baromètre pour la région, car elle déterminera non seulement la trajectoire démocratique du Bénin, mais aussi la portée des armées politisées dans la région côtière de l’Afrique de l’Ouest, la dynamique de la menace islamiste militante et l‘influence de la Russie, qui continuera à saper les gouvernances démocratiques de la région afin de renforcer son influence sur le continent.

flag of DjiboutiDjibouti
Présidentielle: 10 avril 2026

L’élection présidentielle d’avril 2026 à Djibouti ne devrait pas réserver de surprises. Au pouvoir depuis 1999, le président Ismail Omar Guelleh brigue un sixième mandat dans ce pays de 1,2 million d’habitants. Situé le long du détroit stratégique de Bab al Mandab, entre le golfe d’Aden et la mer Rouge, Djibouti se trouve à cheval sur l’un des couloirs maritimes les plus importants au monde, par lequel transitent quelque 12 à 15 % du commerce mondial et 30 % du trafic maritime de porte-conteneurs.

Même si M. Guelleh est clairement en passe de conserver la présidence, Djibouti devrait faire face à une instabilité politique considérable.

Le mandat prolongé de M. Guelleh, 77 ans, a été facilité par une série d’amendements constitutionnels qui contournent les limites du mandat présidentiel. Il s’agit notamment d’une révision approuvée à la hâte par la coalition de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) de M. Guelleh en novembre 2025, qui a supprimé la limite d’âge de 75 ans pour les candidats à la présidence.

Le maintien au pouvoir de M. Guelleh est également assuré dans la mesure où, jusque-là, aucun candidat de l’opposition ne s’est présenté à l’élection. L’opposition ostensible, qui détient 7 des 65 sièges de l’Assemblée nationale, a également soutenu M. Guelleh.

Les deux partis d’opposition les plus virulents, le Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD) et l’Alliance républicaine pour la démocratie (ARD), boycottent les élections depuis 2016, invoquant le manque d’impartialité de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’opposition continue d’exiger que le gouvernement respecte les termes d’un accord de 2014 sur les réformes institutionnelles et démocratiques. Le MRD a qualifié les élections dans le pays de « mascarade », affirmant que « le peuple de Djibouti est privé de son droit de choisir librement ses dirigeants ».

En réalité, le contexte électoral est fortement biaisé. La CENI est dominée par les loyalistes de Guelleh. Les médias indépendants ne peuvent pas exercer leurs activités dans le pays, et Djibouti est classé 168e sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse établi chaque année par Reporters sans frontières. Les journalistes qui critiquent le gouvernement font l’objet d’intimidations et d’arrestations, et les libertés d’association, de rassemblement et d’expression sont largement bafouées.

Lors de l’élection présidentielle de 2021, Guelleh avait été déclaré vainqueur avec 98 % des voix.

Même si M. Guelleh est clairement en passe de conserver la présidence, Djibouti devra faire face à une instabilité politique considérable en 2026. M. Guelleh a souffert de problèmes de santé récurrents, ce qui a alimenté des spéculations quant à son éventuelle démission avant les élections de 2026. Il semblerait également que Guelleh se prépare à laisser la succession à son beau-fils de 61 ans, Naguib Abdullah Kamil. Kamil est le secrétaire général du Premier Ministre.

La coalition au pouvoir reflète un équilibre délicat entre les intérêts politiques, géographiques et d’ethnicités.

Cette situation a provoqué des tensions au sein de la coalition au pouvoir, qui reflète un équilibre délicat entre les intérêts politiques, géographiques et ethniques. Il s’agit notamment d’anciens partis d’opposition, tels que le Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (FRUD), qui avait pris les armes contre le gouvernement. Ces tensions ont apparemment été l’un des facteurs de la démission de l’un des principaux conseillers de Guelleh, Alexis Mohamed, en septembre 2025. Mohamed a attribué sa démission à la « régression démocratique, au manque de transparence dans les accords économiques et diplomatiques, à la marginalisation des institutions de la République et à la gestion népotiste de l’État ». Dans sa déclaration, M. Mohamed a également refusé de cautionner un amendement constitutionnel qui permettrait à M. Guelleh de contourner à nouveau la limitation du nombre de mandats. La limitation des mandats est un « fondement essentiel de toute démocratie », a-t-il écrit.

Ces tensions au sein du parti sont dues à l’arrestation périodique, ces dernières années, de personnalités politiques et de sécurité de haut rang, sur la base de divers chefs d’accusation largement considérés comme motivés par des considérations politiques.

Bien qu’à l’abri de la concurrence électorale, le gouvernement est confronté à des pressions internes dues à d’importantes disparités en matière de revenus, d’accès aux services et d’opportunités d’emploi. On estime que 34 % de la population vit dans la pauvreté et que 73 % des jeunes sont au chômage, bien que Djibouti ait le revenu annuel par habitant le plus élevé d’Afrique de l’Est (3 276 dollars).

Les perspectives économiques de Djibouti sont étroitement liées à la stabilité régionale, et à l’utilisation de ses ports. Djibouti continue de traiter plus de 90 % des échanges commerciaux de l’Éthiopie, malgré les efforts de diversification d’Addis-Abeba. Les revenus portuaires de Djibouti provenant de l’Éthiopie représentent environ 70 % du PIB de Djibouti. La recrudescence des attaques de navires dans le golfe d’Aden et la mer Rouge par les milices houthies opérant depuis le Yémen et les pirates somaliens a donc aggravé les défis économiques de Djibouti.

Dans le cadre de la construction de ses infrastructures ferroviaires et portuaires, Djibouti a contracté une dette externe de 3,4 milliards de dollars (soit 66 % de son produit intérieur brut). Environ 45 % de cette dette est due à la Chine, ce qui fait de Djibouti le pays le plus exposé aux prêts chinois.

Djibouti doit également composer avec la concurrence croissante des États du Golfe désireux d’étendre leur influence en Afrique de l’Est, notamment en matière de contrôle des ports et des corridors commerciaux. Des préoccupations relatives au contrôle du port de Doraleh par DP World, entreprise des Émirats arabes unis (EAU), ont poussé le Djibouti à révoquer cet accord portuaire en 2018, dans une affaire toujours en cours devant les tribunaux. Guelleh a qualifié les ambitions croissantes des EAU en Afrique de l’Est de « profondément déstabilisantes pour la région ».

Parallèlement, Djibouti a bénéficié davantage d’investissements de la part de l’Arabie saoudite, dont une raffinerie de pétrole d’une valeur de 12,7 milliards de dollars et la réalisation d’un important pôle logistique avec un bail de 92 ans dans la zone franche internationale de Djibouti.

Djibouti contribue régulièrement aux efforts régionaux en matière de sécurité en Somalie. Djibouti maintient un contingent de 1 800 soldats en Somalie dans le cadre de la Force de paix de l’Union africaine, appuyant ainsi le gouvernement dans son combat contre Al Shabaab. Djibouti finance également une unité indépendante de 300 hommes chargée d’assurer la sécurité du président somalien et des infrastructures clés.

S’il est peu probable que le résultat des élections de 2026 à Djibouti suscite beaucoup de tensions, cela n’annule aucunement le délicat équilibre entre les intérêts nationaux, régionaux et internationaux concurrents que Djibouti doit gérer pour préserver sa souveraineté et promouvoir ses intérêts. Guelleh s’est montré habile dans la gestion de cette situation très complexe. Cependant, l’érosion persistante des institutions démocratiques au fil des ans a affaibli les bases politiques, ce qui obligera Djibouti à gérer la transition de Guelleh, exacerbant ainsi les risques.

flag of EthiopiaEthiopie
Parlementaire: 1er juin 2026

Les pratiques employées pendant ces scrutins vont façonner les normes électorales de l’Éthiopie pour les années à venir.

Les premières élections nationales depuis la fin du conflit dévastateur avec le Tigré en 2022, qui a coûté la vie à des centaines de milliers de personnes auront lieu en Éthiopie. Cette situation, conjuguée à l’expérience limitée de l’Éthiopie en matière d’élections compétitives, souligne l’importance – et les défis considérables que cela représente – pour ce pays de 130 millions d’habitants d’organiser des élections en 2026.

Les tensions persistantes autour du Tigré et les affrontements entre les forces fédérales et d’autres groupes séparatistes armés à caractère ethnique dans les régions d’Amhara et d’Oromia rendent le climat électoral encore plus tendu. L’une des principales priorités des élections sera donc d’assurer la sécurité pour permettre le vote (et l’inscription sur les listes électorales) dans le plus grand nombre possible de régions du pays, surtout dans les zones où les frontières juridictionnelles, comme l’ouest du Tigré (également connu sous le nom de Welkait), restent contestées.

Avec environ 500 000 soldats de la Force de défense nationale éthiopienne et 30 000 officiers de la police fédérale, le gouvernement dispose d’une capacité considérable pour assurer cette sécurité. Cependant, les possibilités de sabotage sont nombreuses.

S’appuyant sur l’expérience acquise lors des élections de 2021 tenues pendant le conflit du Tigré, la Commission électorale nationale d’Éthiopie (NEBE) a mis au point un système de classification permanent sur la possibilité d’organiser des élections en fonction des conditions de sécurité. À titre de référence, le scrutin a eu lieu dans 436 des 547 circonscriptions parlementaires lors des dernières élections.

Les tensions persistantes en matière de sécurité sont en partie symptomatiques d’une faille fondamentale dans la constitution éthiopienne. Établie en 1991 sous l’égide du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), dominé par la minorité tigréenne, la Constitution consacre un modèle fédéral ethnique pour le pays. Malgré les avantages d’une décentralisation du pouvoir au profit des communautés locales dans un pays très peuplé et diversifié, le modèle fédéral ethnique, en superposant les juridictions ethniques, régionales et politiques (y compris le droit de faire sécession), crée des pressions centrifuges sur l’État, ce qui favorise la fragmentation. L’histoire a montré à maintes reprises que de tels modèles sont intrinsèquement instables. L’une des principales caractéristiques des conflits dans les régions du Tigré, de l’Amhara et de l’Oromia est le refus des milices ethniques de ces régions de déposer les armes et de s’intégrer dans une structure hiérarchique militaire unifiée.

Grâce à ces élections, le Premier ministre Abiy Ahmed Ali cherche à prolonger son mandat en conservant la majorité parlementaire avec son parti, le Parti de la prospérité. L’Assemblée parlementaire fédérale éthiopienne est un organe bicaméral composé d’une chambre de représentants du peuple (la House of People’s Representatives – HPR) de 547 membres, élus au suffrage direct et chargés de désigner le Premier ministre. Les 112 membres de la House of the Federation (HoF), la chambre haute du Parlement, sont élus au suffrage indirect par les conseils régionaux.

Abiy s’est forgé une image de réformateur et de modernisateur auprès de ses partisans. Cependant, il est critiqué pour sa consolidation du pouvoir et son intolérance face aux opinions divergentes.

Dès son entrée en fonction en 2018, Abiy a facilité la libération de milliers de prisonniers politiques et créé un espace politique et civique dans un pays qui n’a connu que diverses formes de gouvernements autoritaires. La Commission éthiopienne des droits humains a été créée pour assurer un contrôle indépendant des actions du gouvernement et a publié des rapports critiques à l’égard de l’administration Abiy, notamment pendant le conflit du Tigré. De même, la Commission nationale éthiopienne pour le dialogue a été créée en 2021 afin de faciliter un dialogue plus élargi visant à trouver un consensus sur des questions nationales difficiles, telles que l’identité, la formation de l’État et le système fédéral.

Abiy s’est fait le champion de la privatisation des entreprises publiques dans les secteurs des télécommunications, de l’aviation et de l’énergie. Cela inclut l’achèvement en 2025 du Grand barrage la Renaissance (GERD), d’une capacité de 6 450 MW, qui augmente considérablement la capacité énergétique du pays. Les réformes macroéconomiques, notamment la libéralisation du taux de change, ont contribué à stimuler les exportations et à attirer les investissements directs étrangers. Les revenus par habitant en Éthiopie ont augmenté de 22 % depuis 2018, mais restent inférieurs à 1 000 dollars par an.

Les critiques, quant à eux, affirment que le climat politique sous Abiy s’est détérioré ces dernières années. Les journalistes font régulièrement l’objet d’intimidations ou d’arrestations pour leurs reportages critiques. Il est estimé que 43 journalistes ont été détenus au cours de l’année écoulée, principalement pour avoir couvert les conflits dans les régions du Tigré, de l’Amhara et de l’Oromia. En avril 2025, le Parlement, dominé par le Prosperity Party, a adopté une loi qui augmente la responsabilité des journalistes en cas d’inexactitudes dans leurs reportages. Cela augmente également les possibilités d’ingérence du gouvernement dans le travail des journalistes en transférant les responsabilités en matière de surveillance des médias d’un organisme de réglementation semi-autonome à une personne nommée par le Premier ministre.

En juin 2025, le Parlement a également adopté un projet de loi sur la société civile et les médias qui, à l’instar des conditions restrictives imposées par l’EPRDF, accorderait au gouvernement des pouvoirs plus élargis pour restreindre les organisations de la société civile, en particulier celles qui œuvrent pour le contrôle de la gouvernance. Au cours de l’année écoulée, les autorités éthiopiennes ont suspendu cinq importants groupes de défense des droits humains. Même le travail de la Commission éthiopienne des droits humains a été parfois mis de côté.

Malgré ces difficultés, 23 partis d’opposition sont accrédités pour les élections de 2026. Une révision de la loi éthiopienne sur les élections, l’enregistrement des partis politiques et le code de conduite électoral, adoptée par la Chambre des représentants du peuple en juillet 2025, a abaissé le seuil de participation des partis au parlement de 15 % à 10 %, offrant ainsi plus d’opportunités aux partis d’opposition. De nombreux partis d’opposition ont formé des coalitions pour accroître leur portée nationale et tenter d’élargir leur représentation au sein de la Chambre des représentants du peuple, où ils n’ont que 55 sièges. Ces coalitions ont adopté une série de programmes, notamment le renforcement des processus démocratiques, la promotion des initiatives de consolidation de la paix dans tout le pays et le renforcement de l’unité nationale, entre autres.

L’élection doit permettre un équilibre entre la quête d’une plus grande émancipation et un modèle de fédéralisme ethnique qui accentue la polarisation.

Certains partis ethno-nationaux régionaux restent sceptiques quant à leur participation aux élections ou appellent à leur report dans l’attente de nouvelles réformes ou d’une amélioration de la sécurité. Plusieurs de ces partis exercent une influence significative dans des régions spécifiques, mais pas au niveau national. Le plus important d’entre eux est le Tigray People’s Liberation Front (TPLF). La Commission électorale nationale d’Éthiopie (NEBE) a révoqué le statut légal du TPLF en tant que parti politique en mai 2025 pour n’avoir pas tenu l’assemblée générale requise pour son réenregistrement. Cela pourrait permettre à d’autres partis politiques moins importants du Tigré d’être représentés, ou renforcer le sentiment de privation des droits de vote dans la région, ce qui rendrait les élections encore plus incertaines.

Les élections de 2026 en Éthiopie sont également influencées par une dynamique régionale de plus en plus complexe. Avec la plus grande économie d’Afrique de l’Est estimée à environ 150 milliards de dollars et un portefeuille commercial en expansion, l’Éthiopie cherche à diversifier sa dépendance vis-à-vis des ports de Djibouti, par lesquels transitent 90 % des importations et des exportations de ce pays enclavé. Les craintes que l’Éthiopie n’établisse un port à Berbera, au Somaliland, ou ne tente de s’emparer d’Assab, en Érythrée, ont ravivé les tensions dans la région. L’Érythrée, qui a toujours des troupes dans le Tigré, a fait des avances au TPLF. L’Égypte, mécontente de la construction du Grand barrage de la Renaissance sur le Nil, a simultanément renforcé son soutien à la Somalie.

L’Éthiopie est également la cible des rivalités des États du Golfe, bien qu’Addis ait une longue tradition d’équilibre entre ses partenariats régionaux et internationaux. Les Émirats arabes unis ont noué des liens particulièrement étroits avec l’Éthiopie, lui accordant 2,3 milliards de dollars d’aide financière dans le domaine des énergies renouvelables et de projets d’infrastructure, dont un projet de 400 millions de dollars pour la construction d’un réseau routier reliant le port de Berbera au Somaliland. Le rapprochement entre Addis et les Émirats arabes unis alimente également les spéculations selon lesquelles l’Éthiopie pourrait devenir une base arrière pour les forces de soutien rapide au Soudan et, inversement, renforcer des liens entre les forces armées soudanaises et l’Érythrée. L’Arabie saoudite, quant à elle, a renforcé sa présence à Djibouti, pays voisin.

Les élections éthiopiennes de 2026 représentent donc un exercice d’équilibre à plusieurs niveaux. Étant donné son expérience limitée en matière d’élections compétitives, les pratiques employées lors de ces scrutins façonneront les normes électorales du pays pour les années à venir. Il en sera ainsi malgré la persistance des combats dans certaines régions du pays, qui créent des opportunités pour les semeurs de troubles et pourraient inhiber le scrutin. L’élection doit simultanément trouver un équilibre entre la recherche d’une plus grande émancipation et le modèle de fédéralisme ethnique éthiopien qui, en même temps, accentue la polarisation. L’Éthiopie fait face à chacune de ces préoccupations internes dans un contexte régional de plus en plus agité. La manière dont l’Éthiopie gère ses élections tout en conciliant ces intérêts divergents en dira long sur sa maturité politique et sur son influence durable dans la région.

flag of SomaliaSomalie
Présidentielle: Juin 2026

Les élections de 2026 en Somalie s’inscrivent dans un contexte de défis sécuritaires considérables. Une offensive menée en 2025 par Al-Shabaab a annulé les gains territoriaux réalisés par le gouvernement et a permis au groupe militant de prendre potentiellement le contrôle de Mogadiscio. Dans le nord-est du pays, le réseau terroriste international de l’État islamique conserve une base dans l’État du Puntland. La menace d’attaques dans le golfe d’Aden et la mer Rouge par les rebelles houthis et les pirates somaliens continue quant à elle de freiner le trafic maritime dans l’un des plus importants corridors maritimes au monde. En résumé, le résultat du processus électoral en Somalie a des implications considérables pour la région et au niveau international.

La Somalie entame son sixième cycle d’élections présidentielles depuis la reconstitution d’un gouvernement soutenu par les Nations unies, poursuivant ainsi un processus lancé il y a 25 ans. Bien qu’imparfaits et indirects, ces scrutins ont permis cinq changements de dirigeants et de partis. Malgré sa fragilité persistante, la réévaluation périodique de ses dirigeants nationaux par la Somalie mérite d’être soulignée, étant donné que le pays a longtemps été considéré comme un État failli.

Le président Hassan Sheihk Mohamud, premier dirigeant de l’histoire politique de la Somalie à obtenir un second mandat non consécutif, cherche à prolonger son mandat. Sous Mohamud, la Somalie a été sélectionnée pour siéger au Conseil de sécurité des Nations unies (après 50 ans d’absence) et a rejoint la Communauté des États d’Afrique de l’Est. La reconnaissance croissante des progrès réalisés dans le processus de construction de l’État somalien a facilité en 2023 la levée de l’embargo sur les armes imposé au pays depuis 1992. La réforme de la politique budgétaire, entreprise dans le cadre d’un programme d’allègement de la dette mené par le FMI, a permis à réduire la dette externe de la Somalie de 64 % du produit intérieur brut en 2018 à 6 % en 2023.

Les efforts déployés par Mohamud pour modifier la constitution provisoire du pays, mettre en place un nouveau système électoral et redessiner la carte fédérale sont toutefois considérés par beaucoup comme une tentative unilatérale de refondre le système fédéral somalien afin de centraliser le pouvoir exécutif au sein de la présidence et de prolonger son mandat au-delà de mai 2026. Cela a exacerbé la méfiance entre les États membres fédéraux (FMS) – en particulier le Puntland et le Jubaland – et le gouvernement fédéral de Somalie (FGS) à un moment où la menace à la sécurité posée par Al-Shabaab exige un front uni.

Le principal enjeu des élections en Somalie est de savoir si le processus est perçu comme suffisamment inclusif pour que tous les États membres fédéraux y participent.

En 2021, le dispositif sécuritaire s’est divisé en fonction des appartenances tribales à la suite de la proposition de l’ancien président de prolonger son mandat.

La crise politique actuelle en Somalie est la dernière manifestation en date des problèmes structurels du système fédéral somalien. La structure fédérale de la Somalie a été inscrite dans la Constitution provisoire de 2012. Ce document est toutefois ambigu en ce qui concerne les pouvoirs respectifs dévolus à l’Autorité fédérale et aux États. Les dirigeants nationaux successifs ont tenté de gouverner la Somalie comme un État unitaire avec un pouvoir exécutif dominant. Il en a résulté des tensions persistantes entre le FGS et le FMS.

L’État indépendant autoproclamé du Somaliland a rejeté tout rôle dans la structure fédérale de la Somalie depuis la chute du gouvernement dictatorial de Siad Barre en 1991. Le Somaliland est autonome depuis lors, même s’il n’a obtenu qu’une reconnaissance internationale limitée.

L’incertitude quant au déroulement des aspects fondamentaux des élections (notamment les dates des élections locales et parlementaires préalables) a amplifié les tensions autour des élections. L’un des principaux points de discorde porte sur le choix entre un système de suffrage universel ou le maintien du système indirect, selon lequel les chefs de clan désignent des collèges électoraux de 101 membres pour chacun des 275 sièges du Parlement. Les membres du Parlement choisissent ensuite le président du pays.

Afin de démontrer la faisabilité d’élections directes, le FGS a organisé des élections locales pour 390 postes au niveau des conseils de district de Mogadiscio le 25 décembre 2025. Soutenu par une présence de 10 000 soldats de l’armée nationale somalienne, le scrutin a connu une forte participation, reflétant le désir des Somaliens ordinaires de participer au processus électoral.

Bien que le suffrage universel soit largement reconnu comme souhaitable, l’organisation d’élections directes a suscité de nombreuses préoccupations. Il existe un risque réel qu’Al-Shabaab prenne pour cible les candidats politiques, les organisateurs des élections et les électeurs lors d’une élection directe, comme cela a été le cas lors de précédents scrutins indirects. Les dirigeants des États craignent également que les FMS perdent de leur influence dans le cadre d’un processus de sélection directe. Les critiques considèrent le manque de préparation des élections directes à l’échelle nationale, notamment un registre électoral obsolète, comme un prétexte pour reporter l’élection et prolonger le mandat de Mohamud. De plus, les observateurs craignent que les partisans de Mohamud soient surreprésentés si un scrutin direct devait avoir lieu en 2026, compte tenu du niveau d’insécurité relativement plus élevé dans les régions périphériques du pays par rapport aux zones urbaines telles que Mogadiscio où Mohamud bénéficie d’un soutien considérable.

En décembre 2024, des désaccords sur la proposition du gouvernement fédéral (FGS) de gérer les élections au niveau des districts, une fonction généralement assurée par le gouvernement d’État (FMS), ont conduit à des affrontements entre les forces fédérales et les troupes du Jubaland. Ces affrontements ont entraîné la mort de dizaines de soldats et le retrait de centaines de forces fédérales au-delà de la frontière kenyane.

Des signes de compromis ont été observés en août 2025 lorsque le gouvernement fédéral et certains partis de l’opposition ont accepté que les membres du parlement seraient élus au suffrage direct tandis que le président continuerait d’être élu au suffrage indirect par le parlement. Cette proposition n’a cependant pas été approuvée par tous les États.

Au total, la Somalie compte 57 partis politiques officiellement reconnus. Les partis qui obtiennent 10 % des voix au Parlement peuvent y être représentés.

La Somalie fait l’objet d’une attention particulière de la part d’acteurs extérieurs.

De par sa position stratégique sur l’océan Indien occidental et le golfe d’Aden, la Somalie fait l’objet d’une attention particulière de la part d’acteurs externes et de rivalités pour l’influence régionale.

La Turquie est le partenaire régional le plus important de la Somalie en matière de sécurité. Grâce à sa base militaire TURKSOM à Mogadiscio, la Turquie forme les forces d’infanterie et de police paramilitaire somaliennes et fournit du matériel militaire, notamment des hélicoptères d’attaque, des drones et des véhicules blindés pour le transport des troupes. Dans le cadre d’un accord conjoint sur les forces navales et de défense, la Turquie contribue également à la sécurisation du littoral somalien et fournit un soutien en matière de renseignement.

Les efforts d’exploration pétrolière de la Turquie ont permis d’identifier des réserves pouvant atteindre 20 milliards de barils de pétrole dans deux blocs pétroliers pilotes offshore en Somalie en 2025. L’accord de prospection pétrolière conclu entre la Turquie et Mogadiscio accorde aux entreprises turques 90 % des revenus provenant des hydrocarbures. Les entreprises turques gèrent également l’aéroport international d’Aden Adde, dont elles détiennent 87 % des parts dans le cadre d’un bail de 20 ans. La Turquie et son partenaire occasionnel, le Qatar, ont des affinités idéologiques avec les Frères musulmans en Somalie.

Les Émirats arabes unis (EAU) ont également été une source importante de soutien militaire au gouvernement fédéral de Mogadiscio, principalement sous la forme de véhicules blindés de transport de troupes. Les Émirats arabes unis, farouches opposants aux Frères musulmans, ont investi plus de 600 millions de dollars dans divers projets de développement portuaire et infrastructurel en Somalie. Ces investissements se concentrent principalement sur les États du Jubaland et du Puntland, où les Émirats arabes unis ont contribué au développement du port de Bosaaso. En janvier 2026, cependant, le FGS a annoncé l’annulation de tous les accords bilatéraux de sécurité et de défense avec les Émirats arabes unis, citant des préoccupations de souveraineté nationale.

Dans le même temps, les Émirats arabes unis ont investi plus de 500 millions de dollars au Somaliland, principalement dans le port de Berbera et alentours, pour lequel DP World a négocié une concession de 30 ans.

Face à la menace d’une propagation régionale d’Al-Shabaab, les pays voisins de la Somalie – principalement l’Ouganda, le Kenya, l’Éthiopie et Djibouti – déploient environ 11 000 soldats dans le cadre de la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (AUSSOM).

L’Égypte s’est engagée à fournir jusqu’à 10 000 soldats en soutien à l’AUSSOM et fournit à la Somalie des armes, notamment des canons antiaériens et de l’artillerie. Les engagements sécuritaires de l’Égypte en Somalie sont largement considérés comme un moyen de contrôler l’Éthiopie, vu les préoccupations du Caire concernant la construction par Addis du GERD sur le Nil et ses intérêts à s’assurer l’accès au port de Berbera dans le Somaliland.

Les États-Unis et d’autres partenaires régionaux et internationaux ont apporté un soutien militaire direct à la campagne de l’État du Puntland contre une base de l’État islamique dans le nord-est de la Somalie. Cette base est considérée comme une plaque tournante des opérations financières mondiales du groupe terroriste et comme une porte d’entrée pour les djihadistes étrangers en Somalie et sur le continent en général.

Dans un environnement fluide et très complexe, l’enjeu principal des élections en Somalie réside moins dans le résultat électoral que dans la question de savoir si le processus est jugé suffisamment inclusif pour que tous les États membres fédéraux y participent. Un compromis supplémentaire entre le FGS et le FMS sera probablement nécessaire si l’on veut éviter une rupture potentiellement violente. Cela permettrait de préserver le cadre fédéral du pays et de jeter les bases d’une coopération dans la lutte contre Al-Shabaab et les réseaux terroristes internationaux. Sans cela, la Somalie risque de connaître une fragmentation politique et plus d’insécurité au cours de cette année.

Zambie
Présidentielle et législative: 13 août 2026

Le président zambien Hakainde Hichilema brigue un second mandat à la tête de ce pays enclavé d’Afrique australe de 22 millions d’habitants.

Les 59 % de voix qu’il a obtenus, galvanisés par une forte participation des jeunes, ont constitué une percée significative pour celui qui a été candidat à six reprises et pour son parti, United Party for National Development – (UPND). Ce résultat est d’autant plus significatif, vu les inquiétudes suscitées par le recul de la démocratie sous la présidence d’Edgar Lungu, qui a dirigé la Zambie de 2015 à 2021. Le mandat de M. Lungu a été marqué par l’arrestation d’opposants politiques, l’affaiblissement de l’indépendance de la justice, le déploiement des forces de sécurité et des milices du parti pour intimider les opposants politiques, et la politisation des organes gouvernementaux indépendants.

Parmi les priorités immédiates de Hichilema figurent donc l’abrogation de la loi qui criminalise la diffamation du président, le retrait des milices politiques des marchés et des gares routières, le renforcement de l’indépendance de la Commission anti-corruption et d’autres organes de surveillance, ainsi que l’adoption de la loi sur l’accès à l’information.

M. Hichilema a également hérité d’une économie profondément fragilisée, caractérisée par une forte inflation, un kwacha qui a perdu 50 % de sa valeur, un niveau de confiance faible chez les investisseurs et un taux de chômage élevé chez les jeunes. Incapable de maintenir son niveau d’endettement déjà élevé, la Zambie s’est retrouvée en défaut de paiement en 2020.

Homme d’affaires devenu homme politique, M. Hichilema a réalisé des résultats remarquables durant son premier mandat. Il a notamment négocié une restructuration de la dette dans le cadre commun du G20, réduit les déficits budgétaires, fait baisser l’inflation de 24% à 9% et amélioré la transparence des marchés publics. Depuis 2021, le classement de la Zambie dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International s’est amélioré, passant de la 117e à la 92e place (sur 180 pays). Parallèlement, la Zambie a connu une augmentation nette des investissements directs étrangers qui sont passés de 1,7% à 4,7% du produit intérieur brut entre 2021 et 2024

Malgré ces réalisations, Hichilema fait l’objet d’inquiétudes croissantes en raison de la restriction de la dissidence en Zambie. Raphael Nakacinda, secrétaire général du principal parti d’opposition, le Patriotic Front (PF), a été condamné en mai 2024 à une peine de six mois de prison pour avoir diffamé le président en 2021, en vertu de la même loi que Hichilema a abolie en 2022. Cette affaire s’inscrit dans une série d’arrestations de membres de partis d’opposition pour avoir tenu des propos critiques ou mensongers à l’encontre du gouvernement. Ils ont été accusés de divers délits, de l’incitation à la haine et à la sédition. Le gouvernement a également invoqué la loi de 2021 sur la cybersécurité et la cybercriminalité pour réprimer les critiques sur internet, ce qui suscite des préoccupations quant à l’utilisation abusive des outils de sécurité à des fins politiques.

Les médias indépendants ont également été soumis à une pression croissante sous le régime Hichilema, avec 60 % des journalistes et blogueurs interrogés indiquant avoir victimes de davantage de harcèlement, d’intimidation et d’arrestations. Ces représailles sont souvent associées aux médias qui accueillent des membres des partis d’opposition.

Ces restrictions [à la dissidence] ont eu pour effet de refroidir le débat ouvert, le dialogue et la surveillance en Zambie.

Ces restrictions ont eu pour effet de refroidir le débat ouvert, le dialogue et la surveillance en Zambie. Craignant que l’intolérance grandissante ne déstabilise ce pays longtemps paisible, la Conférence des évêques catholiques de Zambie a publié en novembre 2025 une déclaration exhortant les dirigeants politiques à « prendre des mesures décisives pour contenir et guider leurs partisans… et [à] œuvrer à la préservation de l’harmonie qui caractérise notre nation depuis des générations », alors que le pays se rapproche des élections de 2026.

En décembre 2025, Hichilema a promulgué des changements constitutionnels qui ont fait passer l’Assemblée nationale de 167 à 280 sièges. Hichilema soutient que l’élargissement des circonscriptions était nécessaire pour mieux servir la population croissante de la Zambie. Cependant, ses critiques affirment que cette mesure vise à renforcer le contrôle de l’UPND qui détient environ la moitié des sièges de l’actuelle Assemblée nationale.

Ces changements interviennent dans un contexte de fragmentation de l’opposition politique. Trois partis d’opposition – le Republican Progressive Party, le New Nation Party (autrefois appelé Movement for Multi-Party Democracy) et le Party for National Unity and Progress – ont déjà apporté leur soutien à la candidature de Hichilema pour 2026, invoquant son bilan en tant que réformateur économique.

Le PF est le principal parti d’opposition du pays, avec 55 sièges à l’Assemblée nationale actuelle. Toutefois, le leader de l’opposition zambienne le plus connu, l’ancien président Edgar Lungu, est décédé en juin 2025. Avant sa mort, il avait négocié une alliance entre son parti PF et Tonse Alliance (une coalition de 11 petits partis), qui a par la suite décidé de se retirer de ce partenariat potentiel.

Le défi pour la Zambie sera de savoir s’il y a suffisamment d’espace pour toutes les voix, afin que le résultat puisse être accepté par tous les Zambiens.

La Commission électorale de Zambie (ECZ) est réputée pour son indépendance et sa capacité administrative. Cette commission a été active au cours des deux années précédant les élections et a lancé en juillet 2025 sa feuille de route pour les élections générales dans le but de promouvoir la transparence. L’inscription des électeurs à la fin de 2025 a été prolongée de deux semaines pour répondre à la demande. En conséquence, 758 000 nouveaux électeurs ont été enregistrés, portant le nombre total d’électeurs éligibles à 3,5 millions.

Le processus électoral de 2026 en Zambie présente une mosaïque de contrastes. Ces élections devraient figurer parmi les plus transparentes et les mieux organisées du continent cette année. De plus, le président sortant peut se prévaloir d’un bilan économique solide, malgré les défis persistants en matière de création d’emplois pour les nombreux jeunes du pays. Le défi consistera à déterminer s’il y a suffisamment d’espace pour toutes les voix, y compris celles des critiques, afin que le résultat puisse être accepté par tous les Zambiens.

São Tomé et Príncipe
Parlementaire et législative: Septembre 2026

São Tomé-et-Príncipe se rendra aux urnes pour sa huitième élection présidentielle depuis l’introduction du multipartisme en 1991.

La plus petite nation d’Afrique par la taille de sa population, environ 240 000 personnes, se rendra aux urnes pour sa huitième élection présidentielle depuis l’introduction du multipartisme en 1991. L’archipel de deux îles de l’océan Atlantique, situé sur l’Équateur, à environ 250 kilomètres des côtes du Gabon, a une longue tradition d’élections compétitives.

São Tomé et Príncipe fonctionne selon un modèle hybride présidentiel et parlementaire. Le président est élu au suffrage direct pour un mandat de cinq ans, limité à deux mandats. Le président est le commandant en chef des forces armées, oriente la politique étrangère, approuve les lois adoptées par l’Assemblée nationale et agit en tant qu’arbitre impartial afin d’assurer le bon fonctionnement des institutions de l’État. Ce rôle est actuellement occupé par Carlos Vila Nova, du parti Acção Democrática Independente (ADI). Vila Nova a remporté 57 % des suffrages au second tour des élections présidentielles de 2021.

L’Assemblée nationale désigne le Premier ministre, qui est le chef du gouvernement. Il assure la mise en œuvre des politiques et gère les affaires courantes du pays. L’ADI a obtenu 30 sièges lors des élections législatives de 2022 et a choisi Patrice Trovoada comme Premier ministre. En janvier 2025, cependant, le président Nova a limogé Trovoada pour absences prolongées et a choisi Américo dos Ramos, également de l’ADI, comme nouveau premier ministre.

Les élections présidentielles et parlementaires se tiendront en 2026.

L’ADI et le Movimento de Libertação de São Tomé e Príncipe – Parti Social-Démocrate (MLSTP-PSD) sont historiquement les deux principaux partis qui ont dominé les élections à São Tomé et Príncipe. Il y a eu plusieurs transitions de pouvoir entre ces partis et ils ont parfois « cohabité », le président venant d’un parti et le premier ministre de l’autre.

Bien que les partis n’aient pas encore officiellement présenté leurs candidats pour les élections de 2026, on s’attend à ce que Nova brigue un second mandat présidentiel.

Les élections à São Tomé et Príncipe sont largement considérées comme libres et équitables. La Comissão Eleitoral Nacional (CEN) fonctionne de manière indépendante avec des membres issus de l’Assemblée nationale. Les médias indépendants sont en mesure de couvrir les élections et les candidats sans craindre de représailles, et São Tomé-et-Príncipe est régulièrement reconnu comme l’un des environnements les plus ouverts pour les journalistes et les dirigeants de la société civile en Afrique.

La tranquillité de São Tomé et Príncipe a, cependant, été troublée en novembre 2022, quand quatre personnes ont été tuées lors de l’assaut d’une caserne militaire dans une apparente tentative de coup d’État. Bien que les détails restent obscurs, les auteurs du coup d’État faisaient manifestement partie d’une milice sud-africaine/angolaise démantelée de l’époque de l’apartheid, connue sous le nom de « Buffalo Battalion ». Bien qu’il n’y ait aucune preuve que l’attaque soit liée à un parti politique, un enjeu clé pour les élections de 2026 sera de démontrer que cette violence était une aberration isolée plutôt qu’une caractéristique persistante de la politique nationale.

En raison de la situation stratégique de São Tomé et Príncipe dans le golfe de Guinée, à proximité de précieuses réserves d’hydrocarbures, de routes de trafic illicite de l’Amérique latine vers l’Europe et d’attaques périodiques de pirates, les forces de sécurité de São Tomé et Príncipe, fortes de 1 300 hommes, continuent de maintenir des partenariats en matière de sécurité avec les pays côtiers africains voisins, l’Union européenne, le Portugal et les États-Unis. São Tomé et Príncipe est également membre du protocole de Yaoundé, une initiative de 25 pays d’Afrique de l’Ouest et centrale visant à améliorer la coopération pour lutter contre le trafic illicite et la piraterie dans le golfe de Guinée. Dans le cadre de la zone D (avec le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon), elle effectue des patrouilles conjointes avec les pays voisins.

Malgré un bilan d’élections stable, les dernières années ont été marquées par des perturbations politiques, sécuritaires et géostratégiques dans ce petit archipel.

Ces dernières années, la Russie a manifesté un intérêt croissant pour l’établissement de liens plus étroits avec São Tomé e Príncipe, dans le cadre d’un effort plus large visant à renforcer la présence navale russe dans le golfe de Guinée. Ces ouvertures ont conduit à la signature d’un accord de coopération militaire en 2024, couvrant la formation, l’approvisionnement en armes, la logistique et les exercices conjoints en échange de visites de la marine et de l’armée de l’air russes. La Russie a également proposé d’aider São Tomé-et-Príncipe à surveiller ses eaux territoriales de 160 000 kilomètres carrés de superficie à l’aide de radars et de drones.

Malgré un bilan électoral positif, les dernières années ont été marquées par des perturbations politiques, sécuritaires et géostratégiques dans ce petit archipel. Les élections de 2026 seront l’occasion pour São Tomé et Príncipe de réaffirmer ses références démocratiques et sa réputation de stabilité.

Cap-Vert
Parlementaire et présidentielle: 17 mai et 15 novembre 2026

Les élections dans cet archipel de dix îles et d’un demi-million d’habitants devraient se dérouler dans le respect des normes élevées de transparence et d’intégrité électorale. Avec un passé d’élections libres et équitables, le Cap-Vert se classe régulièrement comme le pays le plus démocratique d’Afrique dans l’enquête annuelle « Freedom in the World » (Liberté dans le monde) de Freedom House. Depuis sa transition vers un système multipartite en 1991, le pays alterne le pouvoir entre les deux principaux partis politiques qui sont à égalité : le Movimento para a Democracia (MpD) et le Partido Africano da Independência de Cabo Verde (PAICV).

L’héritage du pays en matière d’institutions indépendantes constitue une base solide pour l’organisation des élections.

Le modèle hybride présidentiel et parlementaire du Cap-Vert prévoit un partage des responsabilités exécutives. Le président élu au suffrage direct fait office de commandant en chef, supervise le processus législatif tout en disposant d’un droit de veto et sert de médiateur pour parvenir à un consensus. Le Premier ministre, qui est choisi par l’Assemblée nationale, agit en tant que chef du gouvernement, met en œuvre la politique et dirige les affaires courantes du pays. Le modèle de partage du pouvoir dépend des relations de coopération entre les autorités exécutives respectives. Ces postes sont actuellement occupés par différents partis, ce qui reflète l’équilibre politique au sein du système gouvernemental capverdien. Le président José Maria Neves est issu du PAICV alors que son Premier ministre, Ulisses Correia e Silva, est du MpD.

Aucun des deux partis n’a encore présenté son candidat pour l’élection présidentielle d’octobre. En 2021, M. Neves l’avait emporté avec 52 % des voix. Le MpD a confirmé que le Premier ministre Silva mènerait à nouveau sa liste de candidats aux élections législatives d’avril. Le MpD contrôle 36 des 72 sièges de l’Assemblée nationale, tandis que le PAICV en détient 29. Les résultats de ces élections détermineront si le pays maintiendra le système de gouvernance partagée ou si un seul parti contrôlera les deux fonctions exécutives.

L’héritage du pays en matière d’institutions indépendantes constitue une base solide pour l’organisation des élections. La Comissão Nacional de Eleições a pris des mesures proactives pour garantir la fiabilité des informations et contrer les fausses déclarations avant les élections grâce à une unité de vérification des informations électorales axée sur les médias sociaux. Le pouvoir judiciaire est largement considéré comme indépendant, ce qui facilite l’examen impartial de tout recours électoral déposé par les candidats. Les juges de la Cour suprême, qui compte neuf membres, sont sélectionnés par trois mécanismes distincts – le président du pays, l’Assemblée nationale et le Conseil suprême de la magistrature – ce qui favorise l’autonomie judiciaire. Avant les élections, les journalistes peuvent couvrir les candidats et les enjeux sans intimidation.

L’économie du Cap-Vert a connu une forte croissance ces dernières années, avec un taux de croissance économique annuel de 7,2 % l’année dernière. Le revenu annuel par habitant, qui s’élève à 4 475 dollars, est l’un des plus élevés du continent. Le tourisme représente environ 20 % du produit intérieur brut du pays.

Situé au large des côtes de l’Afrique de l’Ouest, sur une importante route commerciale maritime entre l’Amérique latine et l’Europe, le Cap-Vert est toutefois confronté à divers défis en matière de sécurité maritime. Il est exposé à la criminalité transnationale organisée, ses ports étant utilisés pour l’entrée illicite d’armes, de fonds et de drogues. L’archipel est également une destination privilégiée pour les migrants africains qui cherchent à rejoindre l’Europe.

Le Cap-Vert est un membre actif du protocole de Yaoundé, le mécanisme de sécurité maritime qui coordonne les efforts de 25 gouvernements d’Afrique centrale et de l’Ouest pour lutter contre le trafic illicite et la piraterie dans le golfe de Guinée. Il abrite le Centre multinational de coordination maritime pour la zone G (qui comprend la Gambie, la Guinée-Bissau et le Sénégal) et effectue des patrouilles conjointes dans sa zone.

Les élections au Cap-Vert sont en passe de prolonger son modèle de gouvernance stable, fondé sur le partage du pouvoir, qui allie transparence, compétitivité et responsabilité – des piliers qui ont contribué à sa prospérité économique et à sa sécurité.

Gambie
Présidentielle: 5 décembre 2026

Le pays peine à sortir de l’emprise d’un pouvoir exécutif consolidé.

Le président Adama Barrow brigue un troisième mandat lors des élections de 2026 en Gambie. Cette décision a suscité des remous considérables dans ce petit pays côtier d’Afrique de l’Ouest de 2,6 millions d’habitants, étant donné que M. Barrow avait galvanisé le soutien populaire en faveur de sa candidature contre l’autocrate de longue date Yahya Jammeh en 2016 en promettant des réformes démocratiques. Parmi ces promesses, figurait celle de ne briguer qu’un seul mandat et d’initier une réforme constitutionnelle afin d’instituer des limites aux mandats présidentiels et de remédier aux 22 années de régime répressif de Jammeh.

Barrow a plutôt brigué et obtenu un second mandat en 2021. De plus, les amendements constitutionnels proposés pour institutionnaliser la limitation des mandats en 2020 et 2025 n’ont pas recueilli les trois quarts des votes requis à l’Assemblée nationale, faute de soutien du parti de M. Barrow. Les critiques affirment que sans limitation explicite du nombre de mandats et autres mécanismes institutionnels de freins et contrepoids, le pouvoir pourrait à nouveau s’ancrer, permettant ainsi à Barrow, âgé de 61 ans, de prolonger son règne indéfiniment.

Dès son entrée en fonction, M. Barrow a entrepris des réformes du secteur de la sécurité afin de remédier aux abus du gouvernement Jammeh, notamment la mort présumée de 240 opposants au régime aux mains des forces de sécurité de l’ancien régime. Cela a conduit à l’élaboration d’une stratégie de sécurité nationale et d’une stratégie de réforme du secteur de la sécurité en 2020 qui, collectivement, institutionnalisent les normes de professionnalisme militaire. Ces réformes ont toutefois été entravées par l’incapacité à adopter une nouvelle constitution, nécessaire à la mise en place des autorités chargées d’entreprendre les réformes.

Face aux difficultés rencontrées pour poursuivre les anciens collaborateurs de Jammeh impliqués dans des exactions, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a décidé de créer, en décembre 2024, un tribunal spécial chargé de juger les crimes commis sous le régime de Jammeh. Une mission de la CEDEAO en Gambie, l’ECOMIG, forte de 500 hommes, est présente dans le pays depuis 2017 avec pour mandat d’appuyer la mise en place de mesures de sécurité et la réforme du secteur de la sécurité.

Barrow est crédité pour avoir restauré le rôle de la société civile et des médias indépendants. Depuis son arrivée au pouvoir, le classement de la Gambie dans l’indice annuel de la liberté de la presse de Reporters sans frontières s’est amélioré de près de 90 places (passant de la 145e place en 2016 à la 58e place sur 180 pays). Le classement du pays dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International a également progressé, passant de la 145e à la 96e place (sur 180 pays).

Néanmoins, ces dernières années, plusieurs cas d’intimidation et de détention de journalistes pour diffamation en raison de leurs reportages critiques ont été signalés. De même, les demandes déposées par la société civile pour organiser des manifestations contre certaines décisions du gouvernement sont parfois rejetées par l’inspecteur général de la police.

Le gouvernement de M. Barrow s’est efforcé de récupérer 362 millions de dollars de biens publics qui auraient été détournés sous l’ère Jammeh. Dans le cadre du processus de liquidation de certains de ces biens – notamment des voitures de luxe, des avions et des biens immobiliers – le gouvernement a été accusé de manquer de transparence et de vendre ces biens à des prix inférieurs à ceux du marché à des agents de l’État.

Le gouvernement Barrow a également été vivement critiqué pour avoir démis de ses fonctions l’auditeur général Modou Ceesay en septembre 2025, trois ans seulement après le début de son mandat de neuf ans. Cette action a déclenché des manifestations de colère et des arrestations dans les rues de Banjul. Le gouvernement a été accusé d’accorder un accès préférentiel aux devises étrangères et aux prêts garantis par l’État à ceux qui entretiennent des liens étroits avec lui.

Ces allégations sont particulièrement sensibles, puisqu’on estime que 53 % des Gambiens vivent sous le seuil de pauvreté, en partie à cause du coup d’État de Jammeh et de la longue période de régime militaire qui ont entraîné une stagnation économique pendant plus de deux décennies. Bien que les revenus annuels par habitant aient augmenté de 24 % depuis 2016, ils restent autour de 750 dollars.

Barrow est confronté à une opposition fragmentée. La Gambie compte 19 partis politiques enregistrés, et les candidats à la présidence doivent obtenir au moins 50 % des voix, ou devoir affronter le candidat arrivé en deuxième position lors d’un second tour. La figure la plus importante de l’opposition est Ousainou Darboe, 77 ans, de l’ancien United Democratic Party (UDP) de Barrow. (M. Barrow a été contraint de quitter le parti après avoir rompu sa promesse de ne servir qu’un seul mandat et d’instaurer une limitation des mandats). Barrow a remporté les élections de 2021, Darboe arrivant en deuxième position avec 28 % des voix.

La désignation de Darboe comme porte-drapeau de l’UDP a suscité une contestation de la part des jeunes membres du parti, qui réclament des changements plus rapides dans un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans. Cela a conduit à la création d’une nouvelle plateforme politique, Unite Movement for Change, sous la houlette de Talib Ahmed Bensouda, 40 ans, maire de Kanifing (à l’ouest de Banjul). Bensouda a mis l’accent sur l’amélioration de l’accès aux services de base tels que l’eau, l’électricité, l’éducation et la santé, soulignant qu’environ 12 000 jeunes Gambien tentent chaque année d’émigrer vers l’Europe en raison du manque d’opportunités.

Parmi les autres candidats déclarés figurent Mama Kandeh, du Gambia Democratic Congress, qui a obtenu 12 % des voix lors de l’élection de 2021, et Bakary Badjie, leader de United Gambian Front.

Souvent oubliée, la Gambie a connu une période de gouvernance démocratique de près de 30 ans, de 1965 à 1994, au cours de laquelle les principes de l’État de droit et du respect des libertés civiles ont été largement respectés.

L’élection de 2026 en Gambie établira de nouvelles normes pour le pays qui tente de naviguer entre deux époques distinctes de gouvernance depuis son indépendance. Le pays peine à se libérer de l’emprise du pouvoir exécutif consolidé imposé par le coup d’État de Jammeh et de sa gouvernance autoritaire de 1994 à 2016. On oublie souvent que la Gambie a également connu une période de près de 30 ans de gouvernance démocratique, de 1965 à 1994, au cours de laquelle les principes de l’État de droit et du respect des libertés civiles ont été largement respectés. Compte tenu des tensions liées à ces modèles de gouvernance concurrents en Afrique de l’Ouest, la voie empruntée par la Gambie aura probablement des répercussions plus importantes.

Soudan du Sud
Présidentielle: Décembre 2026

La question principale qui se pose concernant le processus électoral au Soudan du Sud en 2026 est de savoir si ces élections auront bien lieu. Les politiciens sud-soudanais ont reporté les élections en 2015, 2018, 2020, 2022 et 2024, invoquant le manque de moyens financiers et logistiques pour organiser des élections nationales dans ce vaste pays de 12 millions d’habitants. Ils ont également été incapables de mettre en œuvre les conditions préalables fondamentales à la tenue d’élections, telles qu’un recensement, un registre électoral (révisé pour la dernière fois en 2008) et une Constitution permanente. Résultat, le président Salva Kiir est resté au pouvoir depuis 2009 bien qu’il n’ait remporté qu’une seule élection, organisée avant l’indépendance du Soudan du Sud en 2011.

L’absence d’élections reflète la volonté politique limitée des responsables politiques sud-soudanais actuels.

L’absence d’élections reflète la volonté politique limitée des responsables politiques sud-soudanais en place. Ils n’ont guère intérêt à organiser des élections susceptibles de modifier le statu quo, qui leur permet de conserver indéfiniment leurs postes, ainsi que le prestige, l’influence et les incitations financières qu’ils leur confèrent.

Cette inaction témoigne également de l’impunité dont jouissent ces dirigeants politiques face à la nécessité d’obtenir périodiquement un mandat populaire, affirmant ainsi la légitimité de leur maintien au pouvoir. Le manque d’engagement de ces politiciens à atteindre ce seuil minimal de gouvernance démocratique reflète à son tour l’incapacité des citoyens sud-soudanais ou des partenaires internationaux à exercer une pression suffisante pour établir cette norme dans la plus jeune nation d’Afrique.

Cette impasse politique a coûté cher à la stabilité et au développement du Soudan du Sud. Plutôt que de recourir à des forums politiques pour résoudre les différends, les politiciens sud-soudanais se sont longtemps appuyés sur des milices privées. Cela maintient le Soudan du Sud dans un état de conflit quasi permanent depuis 2013, qui a fait environ 400 000 morts. Pendant la majeure partie de la dernière décennie, le Soudan du Sud a conservé le triste record de détenteur du plus grand pourcentage de citoyens classés comme réfugiés (environ un tiers) parmi tous les pays d’Afrique. Cela souligne la persistance et la peur constante engendrées par cette violence, malgré les cessez-le-feu périodiques et les accords de paix.

Le Soudan du Sud se classe tout en bas de l’indice de développement humain des Nations unies et les taux de mortalité infantile ont augmenté depuis l’indépendance, atteignant 72 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit le taux de mortalité infantile le plus élevé d’Afrique. Ces indicateurs socio-économiques extrêmement bas persistent malgré les revenus pétroliers estimés à 1,6 milliard de dollars par an en moyenne pendant la majeure partie de la dernière décennie. Le Soudan du Sud est également classé 180e (sur 180 pays) dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International.

Ces tensions économiques ont été exacerbées par le conflit dévastateur qui sévit au Soudan voisin, par lequel transite la majeure partie du pétrole du Soudan du Sud. À la suite du conflit au Soudan, le Soudan du Sud a accueilli environ 870 000 rapatriés sud-soudanais qui avaient trouvé refuge au Soudan, ainsi que 421 000 réfugiés soudanais.

Les reports à répétition des élections s’inscrivent dans un contexte plus large où le gouvernement Kiir ne fait guère d’efforts pour mettre en place des institutions ou des normes démocratiques, alors que l’autodétermination était l’une des principales justifications à la sécession du Soudan du Sud en 2011.

L’enjeu le plus fondamental est le partage du pouvoir. Kiir a régulièrement limité l’espace politique de l’opposition surtout celui de son rival de longue date Riak Machar. Tous deux ont été les principaux acteurs politiques et militaires du Sudan People’s Liberation Movement (SPLM) pendant la lutte pour l’indépendance du Soudan du Sud, qui a duré plusieurs décennies. Cependant, la grande méfiance et le refus de compromis entre les deux ont conduit à l’éclatement du conflit en 2013 et à la fuite de Machar du pays. Dans le cadre de l’accord de paix revitalisé de 2018, M. Machar est devenu le premier vice-président (parmi quatre autres) en 2020. Dans la pratique, Kiir a largement gouverné de manière unilatérale, avec une contribution limitée de la part des partis d’opposition. Les affrontements entre les forces de sécurité fidèles à Machar et les Forces de défense du peuple du Soudan du Sud (SSPDF) dans l’État du Haut-Nil en mars 2025 ont poussé Kiir à placer Machar et ses principaux alliés en résidence surveillée, sous le coup d’accusations de trahison, de meurtre et de crimes contre l’humanité.

Outre le parti de Machar, le SPLM-IO, il existe une demi-douzaine d’autres partis ou coalitions d’opposition, dont certains sont armés.

Alors que l’accord de paix de 2018 prévoyait la reconstitution d’une assemblée législative nationale de transition bicamérale, celle-ci n’a été reconduite qu’en 2021. Depuis lors, elle ne s’est réunie que périodiquement, bien que cette branche de la gouvernance ait été conçue comme étant égale à l’exécutif. La composition de ses 550 membres favorise fortement le parti au pouvoir dans le cadre d’un système de quotas.

Le pouvoir judiciaire, ne fonctionne, dans l’ensemble, pas comme un organe indépendant. Il est régulièrement soumis à l’influence de l’exécutif, souffre d’un manque de juges et facilite le ciblage et la détention arbitraires de personnes pour des motifs politiques. Les préoccupations concernant la culture d’impunité qui règne au Soudan du Sud et la capacité des tribunaux à rendre une justice impartiale ont conduit à la mise en place d’un tribunal hybride Union africaine-Soudan du Sud dans les accords de paix de 2015 et de 2018. Cependant, ce tribunal hybride n’a jamais été opérationnel en raison des efforts persistants des autorités sud-soudanaises pour bloquer sa création.

Malgré ces contraintes, le pouvoir judiciaire a pris quelques mesures provisoires en vue d’une réforme. En 2025, il a adopté une feuille de route pour la mise en place d’un système judiciaire plus crédible, plus efficace et plus autonome. Cette feuille de route comprend des réformes dans les domaines de l’administration des tribunaux, de la formation judiciaire, des normes éthiques, de la transparence et de l’accès du public aux services juridiques. La Cour suprême a également finalisé et validé un nouveau Code de conduite judiciaire, établissant des règles éthiques plus claires destinées à améliorer le professionnalisme judiciaire et à renforcer la responsabilité interne. En avril 2025, elle s’est notamment associée aux Nations unies pour déployer des tribunaux mobiles afin de juger les crimes liés au conflit dans l’État d’Unity, où l’infrastructure judiciaire officielle fait défaut. Ces tribunaux ont rendu des jugements sur des affaires qui étaient en suspens depuis des années, contribuant à réduire les retards accumulés et démontrant une présence judiciaire élargie en dehors des grandes villes.

La CEN a été perpétuellement sous-financée, ce qui a limité les capacités de ses membres à se déplacer et à mener à bien les étapes nécessaires à la planification pré-électorale.

La Commission électorale nationale (CEN) a été reconstituée en décembre 2023 (avant les élections prévues en 2024). Composée de représentants des principaux partis politiques, de la société civile, du monde des affaires et d’autres parties prenantes, la CEN s’est rendue dans les dix États du Soudan du Sud, a organisé des formations et a mené des efforts de consultation. Cependant, la CEN a été perpétuellement sous-financée, ce qui a limité les capacités de ses membres à se déplacer et à mener à bien les étapes nécessaires à la planification pré-électorale.

En raison de l’incertitude qui plane sur les élections de 2026, le gouvernement a annoncé en décembre 2025 que les élections de 2026 se dérouleraient sans les conditions préalables d’un recensement ou d’une constitution permanente. Cette annonce a été rejetée par de nombreux acteurs de la société civile, qui craignent qu’une élection dont les paramètres sont aussi flous ne soit très susceptible d’abus. Dans l’interprétation, élire un président et des représentants dont les pouvoirs ne sont pas clairement définis serait également source de divergences persistantes, ouvrirait la voie à des usurpations de pouvoir et entraînerait des crises institutionnelles inhérentes.

À l’image de la fragmentation politique du pays, le secteur de la sécurité du Soudan du Sud ressemble davantage à un ensemble de milices défendant les intérêts d’acteurs politiques individuels qu’à une force de sécurité unifiée dont le mandat est de protéger tous les citoyens de manière impartiale. Les acteurs de la sécurité au Soudan du Sud sont largement considérés comme des prédateurs et responsables d’attaques persistantes contre les citoyens.

Les médias indépendants ne disposent que de peu d’espace pour l’exercice de leurs activités au Soudan du Sud. Le Service national de sécurité (l’agence de renseignement du pays) a intimidé, détenu et assassiné des journalistes et des dirigeants de la société civile. Néanmoins, certains journalistes sud-soudanais continuent de rendre compte et d’informer le public sur les faits marquants qui se produisent dans le pays.

La faiblesse de l’État sud-soudanais, la légitimité limitée de ses dirigeants politiques, sa richesse en hydrocarbures et sa situation stratégique reliant l’Afrique du Nord, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Est ont également fait du Soudan du Sud une cible pour l’influence étrangère. Les Émirats arabes unis (EAU) ont accordé un prêt de 13 milliards de dollars remboursable sur 20 ans, période pendant laquelle les EAU pourront acheter du pétrole à prix réduit au Soudan du Sud (le secteur pétrolier représente 90 % des recettes publiques). Le prêt représente le double du produit intérieur brut du Soudan du Sud et cinq fois sa dette extérieure, ce qui suscite des questions quant à la capacité du pays à le rembourser. De même, la Chine est un acteur majeur dans les sociétés pétrolières sud-soudanaises à l’instar de Dar Petroleum Operating Company et Greater Pioneer Operating Company.

Le Soudan du Sud aurait également autorisé les Émirats arabes unis à transporter des armes à travers son territoire dans le cadre du soutien apporté par les Émirats aux opérations militaires des Forces de soutien rapide dans l’ouest et le sud du Soudan.

Les principales parties prenantes qui réclament des élections crédibles au Soudan du Sud en 2026 sont les dirigeants de la société civile et les citoyens ordinaires – ceux qui sont le plus privés de leurs droits par les reports répétés et qui souffrent de la mauvaise gouvernance, de l’insécurité et du sous-développement du pays. Un véritable progrès dépendra de la capacité de ces acteurs citoyens à peser davantage sur le processus électoral. Les organisations confessionnelles, les associations professionnelles et les organismes civiques jouent un rôle particulièrement important dans l’élaboration de règles non partisanes, la création d’un consensus public et une dynamique collective en faveur de ces réformes si le Soudan du Sud veut sortir de la spirale négative dans laquelle il se retrouve actuellement.

L’évaluation des progrès en 2026 ne devrait donc pas être mesurée uniquement en fonction de la tenue d’une élection, mais aussi en fonction du degré d’implication des groupes de citoyens et des avancées réalisées vers la mise en place des fondements d’élections crédibles, notamment une constitution approuvée, une commission électorale entièrement financée et un système judiciaire véritablement indépendant.