Centrafrique: région «stratégique», le sud-est du pays secoué par des affrontements entre l’armée et la milice AAKG

Centrafrique: région «stratégique», le sud-est du pays secoué par des affrontements entre l’armée et la milice AAKG

Alors que les résultats partiels des élections générales du 28 décembre commencent à être proclamés en Centrafrique, des combats ont éclaté dans le sud-est du pays entre la milice Azandé Ani Kpi Gbé (AAKG) et les forces gouvernementales, notamment autour de Zémio, attaquée le 1ᵉʳ janvier. Pour Fulbert Ngodji, analyste à l’International Crisis Group, cette flambée de violence traduit une volonté de la milice de reprendre le contrôle d’un « espace stratégique » et marque « une étape dans sa transformation en groupe armé opposé au pouvoir central ».

À l’origine, l’AAKG est un groupe d’auto-défense issu de la communauté Zandé allié du pouvoir de Bangui et formé avec l’appui de mercenaires russes du groupe Wagner. Mais mal payés et régulièrement envoyés en première ligne, ses combattants ont fini par se rebeller. La milice a alors retourné ses armes contre ses camarades de l’armée régulière, ses instructeurs russes et les populations locales, en particulier la communauté peule. Au total, les AAKG ont causé la mort d’au moins 200 personnes, en majorité des civils, mais aussi des membres des forces armées centrafricaines (Faca), ainsi que des Russes et un Casque bleu de l’ONU.

Ils ont provoqué des milliers de déplacés, accentuant les tensions intercommunautaires, aggravant la crise humanitaire et menaçant la stabilité régionale, l’AAKG étant également active de l’autre côté de la frontière, au Soudan du Sud.

La peur ne retombe pas à Zémio

Le calme semble être revenu mais la peur règne toujours dans la ville de Zémio. Plus d’une centaine d’habitants ont trouvé refuge dans l’église et à l’hôpital, tandis que les autorités locales se sont repliées à la base de la Minusca, la Mission de l’ONU. « La situation est sous contrôle de nos forces armées, des pourparlers sont en cours pour obtenir la libération des otages », assure toutefois Buno Yapandé, ministre de l’Administration territoriale de la République centrafricaine.

Dans la nuit du jeudi 1er au vendredi 2 janvier, plusieurs dizaines de combattants de l’AAKG ont attaqué un checkpoint en périphérie de la ville, faisant des blessés parmi les Faca, avant que la Minusca n’intervienne pour les repousser. Les combats auraient repris vendredi matin : une femme a trouvé la mort, selon les autorités. Un membre des Faca serait également décédé, selon nos sources.

Environ 2 500 personnes ont trouvé refuge au Soudan du Sud

Tout a commencé dimanche 28 décembre lorsque les miliciens d’AAKG ont perturbé la tenue des élections générales centrafricaines dans la ville de Bambouti, frontalière du Soudan du Sud, et ont kidnappé la sous-préfète, un gendarme ainsi qu’un agent électoral qui a été tué depuis.

Pour Fulbert Godji, analyste à l’International Crisis Group, cette attaque relève à la fois d’une « démonstration de force » et « d’une volonté de reprendre le contrôle d’un espace stratégique pour se reconstituer ». « L’attaque peut également être vue comme une étape dans la transformation d’une milice qui avait, à la base, des revendications communautaires, en un groupe armé et opposé au gouvernement », explique-t-il.

En représailles, les Faca et leurs alliés russes ont lancé une opération militaire sur la ville, déployant notamment des hélicoptères. Environ 2 500 personnes ont fui Bambouti et trouvé refuge de l’autre côté de la frontière, selon l’ONU.

Des revendications communautaires devenues politiques

À l’origine, les revendications de l’AAKG sont « communautaires ». « L’idée, c’est de protéger les gens contre tout ce qui peut constituer une menace contre eux », indique l’analyste de l’International Crisis Group. Aujourd’hui, la milice dénonce le non-respect des engagements du gouvernement, l’arrestation de plusieurs de ses chefs et les violences imputées aux partenaires russes. « Le gouvernement fait aujourd’hui face à un monstre qu’il a lui-même créé », estime Fulbert Godji.

« La formation de la milice et son intégration partielle dans les forces de sécurité l’ont renforcée dans sa légitimité et dans sa rhétorique communautaire. C’est la raison pour laquelle elle continue d’affronter avec autant d’énergie l’État et ses alliés. L’échec de cette intégration explique en partie la violence que nous observons aujourd’hui dans le monde ».

Présente à Bambouti, Obo et Zémio, l’AAKG conserve une implantation locale. Pour l’analyste, la multiplication des attaques pourrait viser à « se faire entendre, démontrer un contrôle territorial, ou contraindre l’État à ouvrir un dialogue ». Mais le risque demeure de voir la milice s’enraciner « comme un groupe armé opposé au gouvernement ».