Tunisie : des ONG dénoncent la dissolution de l’Instance d’accès à l’information

Fermé en catimini, cet organisme public indépendant aux membres élus par le Parlement permettait à tout citoyen tunisien d’exercer son droit à l’information. Le syndicat des journalistes tunisiens s’inquiète de cette décision.

L’un des acquis de la révolution de 2011, l’Instance nationale d’accès à l’information (INAI) a été dissoute début août, avec un reclassement de ses salariés dans l’administration. Des ONG tunisiennes dénoncent, lundi 25 août, cette décision qui restreint encore les droits et les libertés en Tunisie.

Cet organisme public indépendant avait été créé par une loi organique en mars 2016. Ses membres – neuf personnes –, dont un journaliste, un statisticien et un avocat, avaient été élus par le Parlement en juillet 2017. Elle permettait aux journalistes et aux citoyens de réclamer des données et des informations à toutes les administrations et les institutions de l’Etat.

« Fermer toutes les sources » d’information

Après cette « fermeture en catimini » de l’INAI, « l’accès à l’information est de plus en plus verrouillé, a déploré Zied Dabbar, président du syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). On ne peut pas parler de liberté de la presse s’il n’y a pas d’accès à l’information. Il n’y aura désormais que des versions officielles, ce qui aboutira à un travail de propagande ».

Cette « violation dangereuse du droit à l’information » représente « une démolition de l’un des éléments fondamentaux de la construction démocratique » du pays, a indiqué le SNJT dans un communiqué, révélant la dissolution de l’INAI.

Pour Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien des droits économiques et sociaux, « il devient clair que le pouvoir veut fermer toutes les sources de l’information. C’est un choix politique de rompre avec les instances constitutionnelles » créées après 2011.

« Des intimidations »

« L’espace des droits et des libertés est de plus en plus étouffé », a ajouté Romdhane Ben Amor à l’Agence France-Presse, prévoyant la fermeture d’autres instances constitutionnelles et déplorant aussi « des intimidations » du pouvoir contre certaines ONG.

Depuis un coup de force du président Kaïs Saïed, qui s’est octroyé tous les pouvoirs depuis le 25 juillet 2021, des ONG locales et internationales ont dénoncé une régression des droits et des libertés en Tunisie.

De nombreux journalistes, blogueurs ou avocats sont en détention ou font l’objet d’enquêtes en vertu d’un décret présidentiel datant de 2022, destiné officiellement à lutter contre les « fausses informations » mais vivement critiqué par les défenseurs des droits pour son interprétation trop large par la justice.