En Afrique, les groupes islamistes militants maintiennent un rythme soutenu de létalité

En Afrique, les groupes islamistes militants maintiennent un rythme soutenu de létalité

Les morts et les événements violents liés aux groupes islamistes militants en Afrique se sont maintenus à un niveau presque record. 79 % des morts qui leurs sont imputables se sont produites au Sahel et en Somalie.

Points forts

  • Environ 18 900 morts imputables à la violence des islamistes militants se sont produites en Afrique en 2024.
  • Une forte baisse des morts attribuables à al Shabaab en Somalie a amené le total continental de morts en dessous du niveau record de 2023 (soit 23 000 morts). Cependant, la moyenne annuelle de morts pour les trois dernières années reste supérieure de plus d’un tiers à celle de la période de 2019 à 2021.
  • Pour la quatrième année consécutive, le Sahel reste le théâtre le plus meurtrier du continent.
  • Pour la quatrième année consécutive, le Sahel reste le théâtre le plus meurtrier du continent. Environ 10 400 morts imputables à la violence des islamistes militants se sont produites au Sahel en 2024. Cela représente 55 % des morts enregistrées sur le continent.
  • Le Sahel est aussi la région où la violence contre les civils est la plus importante, les groupes islamistes militants y ciblant directement les civils. Cette région représente 67 % (soit 1 840) des morts de civils sur le continent. Le Bassin du lac Tchad était deuxième, avec 24 % de ces morts (soit 670).
  • Trois théâtres représentent 98 % des morts signalées imputables à la violence des islamistes militants en Afrique : le Sahel (55%), la Somalie (24 %) et le Bassin du lac Tchad (19 %).
  • Le Mozambique et l’Afrique du Nord ont tous deux subi une augmentation dans les activités violentes et les morts signalées, cela après des déclins constants pendant les années précédentes. Ces deux théâtres ne représentent néanmoins que 2 % des morts signalées.

Sahel

  • Les morts imputables à la violence des islamistes militants au Sahel demeurent deux fois et demie plus élevées qu’en 2020, quand le premier coup d’État militaire s’est produit dans la région. La prise du pouvoir par ces juntes n’a donc pas entravé l’importante capacite opérationnelle des insurrections des islamistes militants.
  • La prise du pouvoir par ces juntes n’a donc pas entravé l’importante capacité opérationnelle des insurrections des islamistes militants.
  • Les données sur la violence des islamistes militants au Sahel doivent cependant être considérées avec prudence. Étant donné les mesures de plus en plus répressives que les juntes ont imposées aux journalistes, les reportages indépendants sur la violence des islamistes militants ont été sévèrement restreints. Cette violence est donc probablement sous-estimée.
  • Le pourcentage élevé d’épisodes de violence contre les civils perpétrés par les juntes militaires et leurs alliés russes rend le Sahel particulièrement remarquable. En effet, 356 événements de ce type se sont produits en 2024, provoquant 2 109 morts, une augmentation de 36 % par rapport à l’année dernière.
  • Puisque 1 778 morts liées à la violence des groupes islamistes militants ont été signalées en 2024, plus de civils sont morts à cause des violences des forces de sécurité sahéliennes et russes qu’à cause de celle des groupes islamistes militants cette année.
  • Au Mali, 76 % de la violence contre les civils est imputable à l’armée et aux milices qui lui sont alliées. Ce pourcentage est le plus élevé des trois pays sahéliens qui font face à une insurrection des islamistes militants.
  • En 2024, 85 % des événements violents et des morts imputables à des groupes islamistes militants au Sahel sont le fait de la coalition Jama’at Nusrat al Islam wal Muslimin (JNIM), et notamment du Front de Libération du Macina et d’Ansaroul Islam.
  • L’État islamique au Grand Sahara (EIGS, aussi connu sous le nom de Province de l’État islamique au Sahel) n’est associé qu’a 15 % des événements violents et des morts au Sahel. Cela reflète un déclin constant de l’activité de l’EIGS depuis 2022 quand un tiers des morts de la région lui étaient imputables. En 2020, la moitié des morts attribuables aux islamistes militants lui étaient liées. L’EIGS demeure le plus actif au Niger où il est responsable de 86 % de la violence contre les civils.
  • Le Burkina Faso est depuis 2019 le point focal de la violence des islamistes militants au Sahel. En 2024, 61 % des morts imputables aux islamistes militants (soit 6 389) s’y sont produites. À titre de comparaison, 23 % des morts ont été signalées au Mali, ce qui souligne l’expansion rapide de l’insurrection après qu’elle s’est rependue depuis le Mali.
  • Le Burkina Faso est depuis 2019 le point focal de la violence des islamistes militants au Sahel.
  • Le nombre d’atrocités de masse commises par les extrémistes a augmenté au Burkina Faso. En août 2024, des combattants liés à la coalition JNIM ont abattu quelque 400 civils à l’extérieur de la ville de Barsalogho (Province de Sanmatenga) dans un massacre qui est peut-être le plus important de l’histoire du Burkina Faso.
  • La violence des islamistes militants au Mali reste concentrée sur les régions centrales de Ségou et Mopti, qui ensemble ont subi presque 60 % des événements violents (soit 605 sur 1 022) signalés dans le pays. Cela représente une augmentation de 11% par rapport à 2023 (quand 557 événements s’étaient produits) et 50 % par rapport à 2021 (quand 408 événements s’étaient produits).
  • Ces dernières années, le sud Mali, la région la plus densément peuplée du pays, a aussi constaté une augmentation inquiétante de l’activité des groupes islamistes militants. En effet, chacune des trois régions méridionales a enregistré une augmentation de 30% des événements violents.
  • Le sud Mali a aussi constaté une augmentation inquiétante de l’activité des groupes islamistes militants.
  • L’attaque de septembre 2024 perpétrée par des militants liés à la coalition JNIM sur des bases de police et de l’armée et d’un aérodrome illustre la hardiesse grandissante des militants. Elle a provoqué la mort d’environ 77 membres de forces de sécurité maliennes et l’incendie de l’avion présidentiel.
  • Depuis le putsch de juillet 2023, le Niger a connu une augmentation de la violence des islamistes militants. Cela s’est traduit par une hausse de 66 % dans le nombre de morts imputables aux islamistes militants (soit 1 318 morts) en 2024 par rapport à 2023.
  • Les forces armées nigériennes ont été prises dans de nombreuses embuscades des groupes islamistes militants cette année. Plus de 10 soldats nigériens ont été tués dans une douzaine de ces affrontements.
  • La propagation de la violence des islamistes militants au Sahel continue de menacer les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest. Le Bénin a connu environ le même nombre de morts en 2024 (soit 153) qu’en 2023 (quand 160 morts s’étaient produites). Mais le Togo a subi une augmentation de 45 % dans le nombre de morts (passant de 66 à 96 morts).
  • Selon les meilleures estimations, plus de 4 millions de personnes sont aujourd’hui déplacées au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Au seul Burkina Faso, environ 3 millions de Burkinabè (soit 10 % de la population) sont déplacés de force.

Somalie

  • La Somalie a connu une diminution de 45 % dans le nombre de morts en 2024, ramenant le nombre de morts aux niveaux d’avant 2022 quand le gouvernement fédéral somalien avait lancé une offensive majeure contre al Shabaab. Le nombre de morts en 2024 était toutefois de 72 % plus élevé qu’en 2020.
  • La majorité des événements violents sont liés à des batailles (66 %), ce qui reflète la concentration soutenue des forces de sécurité contre al Shabaab. Ces efforts s’accompagnent d’autres attaques non-cinétiques contres ces groupes, notamment contre leur financement.
  • L’État islamique en Somalie a en effet établi un centre névralgique pour ses opérations au Puntland, dans le nord-est de la Somalie.
  • Ces dernières années, l’État islamique en Somalie (ISS) est devenu un important canal financier pour le réseau global de l’État islamique. Il a en effet établi un centre névralgique pour ses opérations au Puntland, dans le nord-est de la Somalie. Cela s’est associé à l’arrivée de combattants étrangers venant d’Afrique du Nord, du Golfe et d’Afrique de l’Est.
  • L’ISS a gardé un profil bas en Somalie ces dernières années, malgré quelques affrontements avec des forces d’al Shabaab dans les villes côtières du Puntland de Bossaso et de Qandala. Des frappes aériennes des États-Unis, à la mi-2024 et début 2025, sur les cachettes du groupe ont tenté de perturber ce réseau.
  • La baisse des événements violents et des morts imputables à Al Shabaab en Somalie s’est aussi produite dans les régions frontalières du Kenya, où une baisse de 11 % dans les activités violentes liées à Al Shabaab a été enregistrée (pour atteindre 109 événements). De même, le nombre de morts a diminué de 32 % (pour atteindre 188) par rapport à 2023.
  • Cependant, 4,4 millions de personnes (soit 22 % de la population) fait face à des niveaux de crise où plus d’insécurité alimentaire en Somalie (IPC Phase 3 ou plus), le résultat du conflit, associé à la sècheresse et aux inondations.

Bassin du lac Tchad

  • Les morts imputables à la violence des groupes islamistes militants ont diminué de 4 % (pour atteindre 3 627 morts) par rapport à l’année dernière dans le bassin du lac Tchad. Cela continue la tendance en diminution de 27 % des morts signalées dans la région depuis 2020.
  • Le bassin du lac Tchad demeure néanmoins le troisième théâtre le plus violent et le plus létal en Afrique puisque 21 % des événements violents et 19 % des morts attribuables aux islamistes militants s’y sont produits.
  • Pour la première fois, plus d’événements violents imputables aux islamistes militants se sont produits au Cameroun qu’au Nigeria.
  • Le nord-est du Nigeria reste le point focal de l’activité des groupes islamistes militants dans le bassin du lac Tchad puisque 66 % des morts dans ce théâtre s’y sont produites.
  • Il y a eu une forte augmentation d’événements violents dans le nord du Cameroun ces dernières années, y compris une hausse de 51 % cette année. Par conséquent, pour la première fois, plus d’événements violents imputables aux islamistes militants se sont produits au Cameroun (soit 711) qu’au Nigeria (592) en 2024.
  • Un nombre relativement égal d’événements violents et de morts sont imputables à Boko Haram et à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWA) en 2024, ce qui continue une tendance observée depuis 2022. Ansaru, présent dans le nord-ouest du Nigeria était pour la plupart absent.
  • Ces deux groupes continuent de se disputer le contrôle du territoire, des ressources et des combattants, provoquant des niveaux élevés de morts.
  • La violence des groupes islamistes militants se différencie généralement de la violence en augmentation constante des groupes criminels organisés (celle dite des « bandits ») qui sévissent dans le nord-ouest du Nigeria. On estime que 1380 événements violents et 3 980 morts sont attribuables à ce banditisme en 2024. Cela est à peu près équivalent aux 1 392 événements violents et aux 3 627 morts imputables aux groupes islamistes militants sur la même période.

Nord du Mozambique

  • Les morts liées à la violence des islamistes militants dans le nord du Mozambique ont augmenté de 36 % (pour atteindre 349 morts) en 2024. Cela continue la trajectoire en dents de scie de ces dernières années.
  • Le taux de 31 % de morts résultant de la violence contre les civils au Mozambique est le plus élevé de tout autre groupe militant islamiste en Afrique.
  • La plupart de cette augmentation est le résultat d’une forte hausse de la violence contre les civils. Les 122 événements ciblant les civils représentent 52 % des 236 événements enregistrés en 2024.
  • En matière de violence des islamistes militants, le théâtre du Mozambique s’est toujours démarqué par son taux élevé de violence contre les civils. Le taux de 31 % de morts résultant de la violence contre les civils au Mozambique est le plus élevé de tout autre groupe militant islamiste en Afrique.
  • Le rebondissement du niveau de violence au Mozambique reflète la stratégie de l’ASWJ d’élargir le conflit en allant vers l’arrière du pays et les zones plus rurales. Cela a provoqué un surmenage des forces mozambicaines et rwandaises, d’autant plus qu’elles opèrent sans les forces de la SADC depuis la mi-2024. Il faut encore répondre aux griefs sous-jacents au Cabo Delgado, ce qui alimente le recrutement parmi les militants islamistes, notamment parmi les jeunes.
  • Environ 578 000 personnes déplacées par la violence ne sont toujours pas rentrées chez elles.

Afrique du Nord

  • Le nombre d’événements violents liés aux groupes islamistes militants en Afrique du Nord demeure bas. Seuls 10 événements, provoquant 17 morts, se sont produits en 2024. À l’exception de deux de ces événements, tous les autres ont ciblé les forces de sécurité algériennes et libyennes et tué des militants.
  • L’État islamique en Libye et Al Qaeda au Maghreb islamique posent une menace continue.
  • Pour la première fois depuis 2010, aucun événement violent imputable aux groupes islamistes militants n’a été signalé en Égypte.
  • Le défi pour les gouvernements de la région sera de maintenir la pression sur les acteurs extrémistes violents. Les Nations unies et d’autres croient que l’État islamique en Libye et Al Qaeda au Maghreb islamique restent fermement implantés dans le sud de la Libye et posent donc une menace continue.